MAIS C'EST POURTANT MA TASSE
DE THÉ !
Politique,
Marketing, Sécurité et Vocabulaire
La richesse
de l'information de cette quinzaine nous conduit
à vous proposer quatre thèmes en
guise d'éditorial pour le prix d'un : TIC
et politique, la fin de la gratuité, la
sécurité et le vocabulaire. Quatre
thèmes qui accrochent l'attention, parmi
de nombreux autres, sans doute.
L'actualité française
récente prouve que les richesses des
technologies de l'information et de la communication
(TIC) ont bien été comprises par
les nouveaux acteurs du monde politique. La
création d'un nouveau parti politique,
le Modem, témoigne d'un certain retard
normatif. L'analogique tombant progressivement
en désuétude, nous aurions préféré
un sigle un peu plus à la mode, ADSL,
par exemple, mais le choix de "modem"
doit quand même être salué
comme un effort d'association des technologies
de la communication à la vie politique.
Par ailleurs, les dernières Présidentielles
ont montré combien nos grands ténors
politiques ont su maîtriser tout seuls
les outils de la communication électronique
dans toute la gamme offerte par les applications
du multimédia. Beaucoup plus d'images
et de contenants que de contenus ! Le public
a gagné en symboles et en émotions
! Rien ne dit d'ailleurs que les stratégies
des uns et des autres n'aient pas été
guidées par un logiciel de marketing
électoral bâti sur le CRM (Customer
Relation Management) ou par un logiciel de jeu
en ligne (de la série des jeux de rôle,
bien entendu). Et pour revenir aux traditions,
le Principe de Peter appliqué à
la situation fait que l'expert en communication
électoral peut logiquement trouver son
avancement dans un poste ministériel
de haut rang. Les "Mémoires du Baron
Confiseur" devront être remises à
jour, mais n'oublions pas d'adresser cependant
nos félicitations aux heureux gagnants
!
Car en effet, le marketing entre
dans l'Internet. Ce n'est pas une nouveauté,
mais une suite logique qui succède à
la phase d'observation des pratiques et de la
fréquentation de la Toile par les Internautes.
Finie la gratuité ! Finie la période
du VoIP gratuit, moins cher que les services
des exploitants historiques vieillissants !
Finie la période de la rémunération
basée sur le comptage des clics associés
aux pages publicitaires. Aujourd'hui, les serveurs
de la Toile effectuent des comptages de plus
en plus précis sur les pages d'informations
consultées et s'essaient à la
pratique des micropaiements (ou des picopaiements
?). Au besoin, pour 200 euros par message et
pour quelques milliers d'euros d'abonnement
annuel, une entreprise peut prendre connaissance
des blocs notes où figure son nom [Services
aux entreprises]. Wikipedia (et l'accès
à votre site favori STM) demeure encore
gratuit, mais certains portails commencent à
faire payer les "suites" d'articles
ou de pages afin d'évaluer l'intérêt
réel des Internautes aux thèmes
mis en ligne. La manne publicitaire ne suffit
plus !!!
Le dernier Congrès Interop
de Las Vegas a encore mis une fois de plus l'accent
sur le thème de la sécurité.
450 exposants proposent leurs propres solutions,
innovantes, performantes, originales, définitives
et
incomplètes ! Il apparaît
souvent, malgré tout, que ces solutions
associent la sécurité à
la gestion de l'infrastructure de réseau.
Cela signifie en effet qu'un logiciel n'est
performant que lorsqu'il est utilisé
dans un certain contexte, et en association
avec des structures de réseau bien définies.
A Genève, l'UIT-T tente de définir
les moyens propres à la mise en uvre
de la sécurité au sein du NGN,
via la gestion de l'identité (IdM) [Normalisation].
Qui découvrira le Graal de la sécurité
totale et effacera les 90 points faibles recensés
sur l'IMS ? L'ETSI, le Focus Group de l'UIT-T
ou TISPAN [Vers
le NGN] ? Le groupe spécial dédié
à la gestion de l'identité (Focus
Group on Identity Management, FG IdM) souhaiterait
réduire la nécessité de
décliner de nombreuses fois les noms
d'utilisateur et les mots de passe à
l'occasion de l'accès aux mêmes
services tout en assurant la confidentialité
des informations personnelles. Les spécialistes
souhaitent retenir des "solutions efficaces
acceptables par l'industrie et réalistes
pour l'utilisateur". Va-t-on revenir à
la stratégie d'X.25 qui, pour les abonnés
asynchrones, avait créé les notions
de NUI et de NUA, contrôlées et
attribuées par le réseau, imitant
par là la bonne vieille philosophie sécuritaire
de la télégraphie de grand papa
? "Sur des rythmes nouveaux, faisons des
vers antiques ! pourrait être la devise
de nos experts en normalisation !
Pendant ce temps, le terme "bloc-note"
éprouve des difficultés à
entrer dans le langage courant et nos amis journalistes,
par facilité, sans doute, préfèrent
franciser le terme "blog" et ils inventent
de nombreux dérivés. Après
la "blogosphère" qui est le
lieu géométrique ("virtuel")
de la Toile où ces blocs notes sont rassemblés,
le rédacteur d'un blog est appelé
"blogueur", quelquefois orthographié
"bloggeur". La Commission du Bon Langage
a perdu de sa vivacité ancienne et légendaire
et elle ne réagit plus à ces entorses
de vocabulaire et d'orthographe. Le journaliste
responsable d'un bloc note est devenu un "blogueur
professionnel", échappant de peu
au nom de baptême de "bloguiste".
Car "Journal" a bien donné
"journaliste" et non pas "journaleur"
! Ici, la logique historique ne joue pas ! Si
le "scriptarium" était le lieu
où l'on écrivait jadis, le "script"
est devenu un texte qui détaille l'action
d'un film, séquence par séquence.
Le terme "scripteur" n'a été
employé que dans la construction "téléscripteur"
(qui crépite, dit le cliché de
la salle de rédaction). La naissance
du mot "dactylographe", (la dame qui
écrit avec ses doigts - comment pourrait-elle
faire autrement d'ailleurs ?) n'a pas suscité
celle des termes "graphonotiste" ou
"dactyloscripte". On le devine par
ces exemples, les mots nouveaux ne sont adoptés
que s'ils sont courts. Et les néologismes
doivent être prononçables sans
susciter d'ambiguïté. Il y a bien
des siècles, le poète Saadi rédigeait
le "Jardin des Roses" et écrivait
des poèmes de quelques vers, réunis
sous le titre "Sentences en trois caractères"
(mais c'était en persan, pas en SMS,
bien entendu !). Notre vocabulaire de demain
est-il donc condamné à devenir
un catalogue d'abréviations ou de SMS
en langage convenu, émaillé de
frimousses ambiguës (emoticons) ?
L'actualité des
TIC est intarissable et pourtant, nous n'avons
extrait ici qu'une infirme partie de ce que
la Presse écrite et la presse en ligne
nous ont communiqué. La cinquantaine
de pages de cette livraison vont pouvoir égayer
vos jours de pluie. Bonne quinzaine et bonne
lecture !
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