La vente des terminaux mobiles se ralentit et les industriels de ce secteur cherchent, pour survivre, l’alliance stratégique, la méthode ou le produit qui fera leur succès de demain. Mais où est donc cachée la martingale ? Dans la présentation du clavier, dans les logiciels, dans le système d’exploitation et dans les applications ? Des lueurs apparaissent !
La compétition entre les industriels
Le développement rapide du marché des Smartphones suscite une large compétition autour de Apple et du succès de son iPhone. Nokia (41 % du marché des terminaux mobiles), RIM (20 %) et Palm (1 %), ont l’intention de lancer de nouveaux terminaux mobiles face à Apple (11 % du marché). Le marché des terminaux portables décline globalement (moins 6 % en un an) et les industriels recherchent la différence par une innovation dans le domaine des Smartphones (progression de 14 % au sein du marché de la téléphonie mobile en un an).
Selon une étude réalisée par Juniper Research, d’ici à 2014, la moitié des terminaux mobiles seront des modèles de bas de gamme et la part des Smartphone atteindra 30 % du marché. Nokia, Apple et RIM visent à la fois le haut et le bas de gamme du marché alors que Sony Ericsson et Motorola devront probablement repenser leurs stratégies. Les applications bon marché constituent un bon accélérateur des ventes dans tous les pays, remarque cette étude.
Les exploitants et les terminaux mobiles
Les exploitants de réseau gagnent de l’argent avec les terminaux mobiles qui ont le vent en poupe. Cette banalité économique cache en fait une grande difficulté. AT&T a élargi sa base d’abonnés (81,6 millions d’abonnés, dont 1,3 millions grâce à l’iPhone dont il détient l’exclusivité aux Etats-Unis). Mais il doit rembourser Apple pour chaque terminal vendu, sans pour cela être en mesure d’effectuer les investissements nécessaires dans son réseau pour assurer l’écoulement consécutif du nouveau trafic. Et les industriels qui ont signé avec des exploitants n’ont pas assuré une exclusivité quelconque à leur créativité future. Par exemple, Google entend commercialiser vers la fin de l’année 2009 un nouveau terminal mobile Android, multifonctionnel à la demande, sans passer par les exploitants de réseau.
De multiples alliances techniques
La dynamique du marché s’organise par des alliances entre industriels et exploitants, ou des alliances entre industriels.
Microsoft et Nokia font alliance autour d’un système d’exploitation combinant les ressources de "Office 2010" proposé par Microsoft et du Symbian OS de Nokia. Les détails de cet accord seront rendus publics ultérieurement.
LG Electronic a signé un accord avec Orange pour répondre aux besoins des réseaux 3G en HSPA, qui, en France couvrent 78 % du territoire, ainsi que pour les réseaux EDGE (99 % du territoire). Le terminal mobile LG GD910 est attrayant (voir photo ci-contre). Il associe un écran tactile à une caméra VGA, un dispositif MP3, un agenda et un dictaphone qui met en œuvre la reconnaissance et la synthèse vocales.
Pour faire face à la contraction du marché, les industriels japonais du secteur des mobiles se regroupent. NEC, Hitachi et Casio fusionnent. La nouvelle société, baptisée Nec Casio Mobile Communications, apparaîtra en Avril 2010 et comptera quelque 2200 salariés. Elle développera et vendra les terminaux mobiles pour les trois marques (soit environ 19 % du marché japonais derrière Sharp qui atteint 25 %).
China Mobile et HTC, l’industriel taïwanais vont créer un terminal chinois sur le modèle de l’iPhone, sous le nom de "Ophone", pour les besoins du réseau TD-SCDMA de génération 3G. La fabrication de terminaux 3G TD-LTE est aussi envisagée.
Les nouveaux terminaux mobiles
Les terminaux mobiles se distinguent les uns des autres par des systèmes d’exploitation (OS) peu volumineux en mémoire, par l’usage d’accéléromètres qui permettent de faire passer l’écran du mode portait au mode paysage, de système de géolocalisation (GPS), par la disponibilité d’applications ouvrant sur des boutiques en ligne (un milliard et demi d’applications sur l’App Store de Apple en un an !), par l’accès aux jeux, etc. Mais le nombre de candidats à la concurrence ouverte en Smartphones et tablettes informatiques est trop important et le marché n’est pas extensible !
La concurrence entre systèmes d’exploitation
Android est le nom du système d’exploitation basé sur Linux du terminal portable utilisé par Google pour les besoins de sa plateforme dédiée à la téléphonie mobile. Le terminal de Google a été réalisé par le taïwanais HTC sous le nom de Hero. Android devient multiforme et cosmopolite. Il devient européen avec son adoption au Royaume Uni et en France par Orange, via Motorola. Il était déjà commercialisé aux Etats-Unis par T-Mobil et en traversant l’Atlantique, le terminal "Cliq" est devenu un "Dext" en Allemagne. Android est aussi mis en œuvre par Samsung sur son terminal Galaxy, par LG Electronics sur son terminal LG-GW620, par Samsung, Motorola, Archos, etc. L’électronique grand public, les industriels, le multimédia, le médical s’intéressent à la plateforme Android.
Android ou Linux ? Plusieurs terminaux mobiles associés au réseau de l’exploitant japonais DoCoMo utilisent les ressources de Linux, dont quatre terminaux de la gamme NEC et cinq chez Panasonic. Au total, 42 modèles de terminaux portables se réfèrent actuellement à la technologie LiMo (Fondation Linux Mobile). Google utilise également Linux pour sa plateforme Android et l’entité Open Handset Alliance, offre son soutien à un bon nombre de terminaux portables de HTC et Samsung. Android peut devenir l’OS dominant base sur Linux, ce qui risque d’isoler DoCoMo au sein de la fondation LiMo. Le combat qui oppose Android/LiMo peut constituer un spectacle intéressant, du fait que les exploitants Vodafone, Orange, SK Telecom, Telefonica et Verizon Wireless prévoient de se joindre à LiMo. Symbian demeure actuellement le leader du marché.
Nokia a choisi pour son nouveau portable N900 (un Smartphone, mi téléphone, mi ordinateur) un OS basé sur Linux, ainsi qu’un mini ordinateur Booklet 3G sous Windows avec des puces Intel.
Grâce aux contributions de Accenture, ARM, Nokia et Texas Instruments, la Fondation Symbian s’oriente vers la source libre et commercialise gratuitement un noyau de plateforme EKA2 à des fins de développement. Cette Fondation Symbian, qui est à l’origine de l’écosystème de l’OS Symbian et des logiciels associés utilisés en source libre, va collaborer avec l’exploitant chinois CMCC pour la diffusion du marché 3G en TD-SCDMA. Plus de 2 000 applications mobiles sont déjà disponibles sur la plateforme Symbian et pourront ainsi être utilisées par les 500 millions d’abonnés de CMCC dans 31 provinces chinoises. Selon une étude réalisée par Gartner, le système d’exploitation Symbian représente 51 % de parts de marché. [www.symbian.org/cn]
Opera fournit des navigateurs et des "widgets" pour la famille des nouveaux mini terminaux de Orange Vallée appelés "Organisateurs de la Famille Tabbee". [www.opera.com]
Parmi les terminaux leaders
Le BlackBerry, mis sur le marché par Research in Motion, a paru d’abord être le terminal portable pour les professionnels de haut rang, parce qu’il apportait un bon niveau de sécurité et était orienté vers des applications propres à l’entreprise. Puis, le terminal s’est miniaturisé et il s’est ouvert vers une clientèle plus large avec seulement 2 000 applications. D’où des coûts commerciaux très lourds et une différence très nette avec Apple.
iPhone est un beau succès (20 millions de terminaux vendus dans le monde). Si sa technologie et l’ergonomie sont souvent imitées, elles ne sont pas encore égalées. L’écran tactile et la boutique d’applications d’Apple Store (85 000 applications téléchargeables) font des jaloux.
LG Electronics, innovateur technologique du secteur des communications mobiles, annonce que plus de cinq millions de téléphones mobiles LGKP500 ont été vendus à travers le monde depuis son lancement il y a neuf mois.
Nokia souffre de l’existence d’un catalogue ancien et d’un manque de présence en dehors des Etats-Unis. Mais Nokia dispose aussi d’un réseau de distribution fortement implanté sur les cinq continents. Nokia annonce la commercialisation en Octobre 2009 d’un "smartphone" intelligent, le N900, utilisant le système d’exploitation Maemo, basé sur le logiciel libre Linux, comme l’Android de Google. Nokia cherche à doubler les performances de l’iPhone d’Apple et du BlackBerry de Research in Motion.
Les fonctions multiples des terminaux portables
Les études conduites par l’institut allemand BITKOM montrent que le téléphone portable est de plus en plus utilisé comme un appareil multifonctionnel. Plus de 48 millions d’utilisateurs allemands envoient des SMS, 29 millions prennent des photographies et plus de 16 millions écoutent de la musique avec leur téléphone. Seul un sixième des utilisateurs s’en servent pour téléphoner et de grandes disparités existent dans les usages du téléphone mobile. Les hommes exploitent deux fois plus que les femmes les possibilités techniques de l’appareil, sauf pour les SMS et les envois d’images, pour lesquels les usages sont équivalents.
Selon une étude effectuée aux Etats–Unis par Transpera, près des deux tiers des utilisateurs des utilisateurs de vidéo mobiles préfèrent les terminaux mobiles aux ordinateurs portables à cause de la souplesse d’emploi et de la facilité d’accès à l’Internet. Les trois quarts des utilisateurs de mobiles apprécient la réception d’informations instantanées, que ce soit pour les nouvelles, le sport ou d’autres services spécialisés. L’audience progresse d’ailleurs en ce qui concerne cette clientèle, ce qui démontre l’efficacité et l’ergonomie des terminaux mobiles porteurs de vidéo. Les publicitaires ont bien compris l’intérêt de cette appropriation par le public et ils ont noté avec satisfaction que les utilisateurs de mobiles retiennent bien le contenu des messages commerciaux vidéo qui leur est adressés de façon ciblée.
Une autre étude, effectuée par Sanderson Studio pour le compte de Tellme Networks, une filiale de Microsoft, montre que les trois quarts des utilisateurs de terminaux mobiles qui achètent un terminal de type Smartphone (dont les possibilités sont vastes) ne l’utilisent le plus souvent que pour bavarder. La composition de textes ou les manœuvres complexes sur le clavier nécessitent en effet d’y concentrer toute son attention, alors que, bien souvent, la position, dans la rue, au restaurant, ou au travail, ne permet pas de toucher l’écran avec toute l’efficacité nécessaire.
Paiement sur terminaux mobiles
Sur l’aspect des micropaiements par mobile, il semble, selon l’Ovum, que la situation ait progressé et que les utilisateurs de portables soient plus disposés à en accepter l’usage, cette évolution pouvant encore s’intensifier d’ici à cinq ans et pouvant concerner jusqu’à 30 % de la clientèle. Au Keynia, la filiale de Vodafone, Safaricom, a ouvert le service de paiement mobile “M-Pesa” qui a reçu un succès remarquable. Ovum soutient que plusieurs scénarios peuvent être envisagés et l’Ovum estime que la pénétration de ces services pourrait atteindre entre 30 % et 40 % des marchés des mobiles d’ici 2014, l’hypothèse la plus optimiste pouvant concerner jusqu’à 60 % à 70 %, si tous les facteurs de succès (techniques, bancaires, accès aux réseaux mobiles, niveau de facturation, etc.) sont réunis. [www.ovum.com]
Gemalto vient d’acquérir Trusted Logic, spécialiste en logiciels sécurisés pour terminaux portables. Trusted Logic a développé récemment une plateforme logicielle sécurisés utilisable sur terminaux mobiles (Trusted Foundations) et un système d’exploitation pour cartes à puce, clés USB et jetons électroniques. Trusted Logic dispose de deux centres de R&D à Versailles et Sophia-Antipolis. Il est également présent en Irlande, à Singapour et en Afrique du Sud. [www.gemalto.com]
En résumé
Hier, un bon terminal assurait de bons revenus à l’industriel et à son exploitant partenaire. Aujourd’hui, le monde bouge très vite et un bon terminal peut apporter une charge financière difficile à supporter. Le monde des logiciels et des systèmes d’exploitation devient, avec la liste des fonctions les plus essentielles, la clé du domaine des terminaux mobiles. Trop d’acteurs se disputent un monde hétérogène dans lequel les OS et la signalisation SIP n’ont pas encore trouvé de solutions d’équilibre stable. Des désastres industriels sont possibles encore, malgré l’ampleur du marché. Et parmi les milliers d’applications, il faut sélectionner celles qui mettront en place le terminal majeur de demain. (Voir dans le Magazine notre article sur la Liseuse)
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