Adulé avant sa sortie commerciale, jalousé ensuite, décrié aujourd’hui, l’iPhone n’est pas passé inaperçu dans la Saga des terminaux de téléphonie mobile.
Le tour d’horizon de la presse technique récente témoigne de quelques faiblesses dans la conduite d’un dossier commercial novateur. Mais l’avenir de l’iPhone (seconde version) apparaît encore plus important et plus prometteur pour le marché des entreprises que celui annoncé à l’origine pour le grand public. Deux pôles industriels majeurs se dessinent dans le marché des terminaux intelligents.
L’aspect commercial de l’iPhone
Apple est déçu des résultats moyens obtenus pas son iPhone (1,7 millions d’unités vendus au lieu de 2,3 millions le trimestre précédent). Ce ralentissement des ventes laisse présager que l’objectif des 10 millions de terminaux en 2008 sera difficile à tenir. Apple va devoir travailler à adapter le terminal au public des marchés nouveaux et cesser de demander des royalties aux exploitants de réseau. De nouveaux modèles vont être créés, de nouvelles fonctionnalités vont apparaître, et la concurrence sera rude. Déception par conséquent pour ce projet novateur qui néanmoins a permis à Apple de redresser ses finances, mais de solides espoirs en perspectives cependant.
Des médailles pour l’iPhone
Selon le spécialiste de trafic sur la Toile StatCounter, qui analyse le trafic mensuel de la toile des 9 milliards de pages extraites de 2 millions de sites Internet, l’iPhone représenterait le premier butineur de terminaux mobiles aux Etats-Unis (0,18 % du trafic mensuel) et le second pour le Royaume Uni (0,06 % du trafic), derrière Nokia (0,15 %). L’iPhone est trois fois plus employé pour l’accès à la Toile que ses concurrents BlackBerry (0,02 %) et SonyEricsson (0,01 %). Il semble que ces chiffres soient indéniablement liés aux qualités d’ergonomie du terminal iPhone.
Le mystère de l’originalité de l’iPhone
L’ensemble des réalisations récentes en terminaux mobiles souligne bien le caractère innovant de l’iPhone par le nombre d’imitations que l’on rencontre. Apple a innové véritablement en concevant un équipement dont les logiciels de fonctionnement sont conçus en fonction des attentes de l’utilisateur. Ce mariage heureux entre la technique et l’ergonomie est issu de longs travaux effectués sur des plateformes de développement et il a déjà influencé la réflexion d’autres industriels du domaine des terminaux. L’iPhone montre donc que l’accent doit donc mis aujourd’hui plus sur les logiciels qui définissent l’interface usager que sur la pile classique de logiciels de gestion du terminal. Les concepteurs d’appareils ont donc rajouté un chapitre dans la liste de leurs essais d’ergonomie qui est intitulé "Essais familiaux" dont l’objectif est de savoir si un enfant ou si une épouse sont capables de se servir de l’appareil sans aller lire la notice de 160 pages. La Loi de Moore, qui rappelle que les composants doublent leurs performances tous les 18 mois, n’implique pas que les utilisateurs parviennent à suivre l’évolution des nouvelles technologies dans les neuf mois qui suivent leur mise en vente sur le marché. A ce propos, on constate que 90 % des appareils des nouvelles technologies "présentent des murs à l’utilisabilité"*, selon les experts. Faut-il créer un équipement électronique spécifique pour résoudre les problèmes d’interface homme machine créés par l’électronique domestique. La création du robot japonais "TiVo", conçu dans l’intention d’élargir le mur de l’utilisabilité est à la fois un aveu d’échec des travaux des concepteurs des technologies d’autrefois et il constitue en même temps un espoir en vue de l’amélioration de la qualité de l’interface.
La dualité "logiciels et composants"
Comme les coûts des composants ne font que croître, les ingénieurs estiment que l’emploi de composants de l’année dernière n’est pas à refuser pour la réalisation des travaux de l’année qui vient. Des innovations dans les logiciels peuvent ainsi être apportées à moindre coût, tout au moins (et c’est un choix difficile) pendant encore un certain temps, qui est lié à la date de péremption des fournitures ! Le problème de l’intégration en une seule unité de plusieurs fonctionnalités différentes est ensuite un casse tête qui doit être résolu sans délai afin de ne pas retarder la mise sur le marché décidée par les commerciaux de l’entreprise. Enfin, il ne faut pas heurter le consommateur avec des produits par trop différents dans les usages. Il faut le former par des évolutions douces, sans pour cela accepter de se faire doubler par la concurrence. La stratégie des industriels en terminaux est donc devenue de plus en plus complexe, et dangereuse quelquefois.
Faille de jeunesse et une version 2 plus solide
Apple avait promis à ses développeurs de leur fournir un SDK (Software Developement Kit), c’est à dire un ensemble permettant de rédiger des logiciels d’applications compatibles avec l’iPhone. Mais cette mise à disposition tarde à se manifester. Et les petits pirates malins qui se sont amusés à ouvrir l’iPhone sans y être autorisés ont bien compris comment était organisée l’architecture du terminal et ils en ont recensé des points faibles. Dans ces conditions, pourquoi attendre la livraison d’un SDK relatif à un terminal fragile puisqu’il est clair qu’une autre structure d’iPhone plus robuste doit être définie, entraînant la définition d’un nouvel SDK. La partie de tennis entre Apple et les pirates en logiciel se prolonge, car une fois entrés dans le système, il est difficile de les en faire sortir à moins d’abattre tous les murs ! Aux dernières nouvelles, le SDK devrait être disponible en Juin prochain, à l’occasion de la mise en œuvre de la version 2.0 du logiciel de l’iPhone qui devrait être annoncée à l’occasion de la Conférence "Mac World Wide Developers Conference".
Des développements en perspective
Les développeurs qui travailleront de concert avec Apple pourront fixer le montant de leur collaboration, mais Apple recevra 30 % du total de leurs ventes. Ainsi que promis, Apple se rapprochera du marché des entreprises, avec sa version 2.0 et l’installation de Microsoft Exchange ActiveSync qui fournira plus de sécurité dans la messagerie, la gestion des mots de passe et des certificats de sécurité, ainsi que la possibilité d’accès privés virtuels avec "Cisco IPsec VPN" et l’accès distant sécurisé. La version iPhone 2.0 comportera des mises à jour importantes en Word et en Excel, avec des facilités nouvelles, telles que la lecture des documents en PowerPoint, et la possibilité de traiter le courrier électronique. Apple est en mesure d’afficher un message AIM d’Instant Messaging en provenance d’un client d’AOL, bien que la réciproque d’un iChat d’Apple n’ait pas été encore évoquée.
Pour ce qui concerne les applications de type entreprise, les applications gratuites ne seront pas facturées et les entreprises seront habilitées à créer des pages sécurisées, des pages à usage privatif à l’intention des employés (App Store). Les applications dévoreuses en débit seront exclues, telles que le VoIP cellulaire, alors que celui du Wi-Fi sera accepté. La sécurité sera mise en oeuvre avec Wi-Fi Protected Access (WPA), et sur les accès sur réseaux privés virtuels (VPN).
Pour financer toutes ces applications, Apple a bénéficié d’un investissement de 100 millions de dollars de la part du fonds Kleiner Perkins Caufield & Byers (KPCB), qui s’intéresse particulièrement aux domaines des services de location, du commerce en mobilité, des réseaux sociaux, de la communication, de la publicité, des télépaiements et des loisirs. Ce financement concerne à la fois les plateformes de l’iPhone et de l’iPod.
Apple lancera cette année une stratégie plus agressive en adaptant son terminal iPhone à des combinaisons de services multimédia accessibles sur les réseaux cellulaires de plusieurs réseaux européens. L’iPhone sera ainsi disponible en Italie à la fois chez Vodafone et Telecom Italia. Vodafone a l’intention d’offrir également le terminal dans neuf autres pays.
La clause des contrats d’exclusivité a été fortement critiquée, car si elle permet d’augmenter les ventes de terminaux, les utilisateurs ne sont pas attachés à un seul réseau, ce que n’aiment pas les exploitants. Apple estime perdre 200 dollars par an par terminal au profit des exploitants de réseau qui encaissent des taxes plus élevées à l’occasion des appels de ces terminaux "débloqués".
L’iPhone pour l’entreprise et pour l’université
Avec un million de terminaux vendus, l’iPhone trace sa route vers les universités. Il présente les avantages d’un téléphone mobile, d’un appareil spécialisé dans la reproduction sonore et il est capable d’effectuer les connexions à l’Internet et aux courriers électroniques. Pour ce qui concerne la synchronisation de l’iPhone avec la messagerie d’entreprise Outlook (en IMAP ou en POP3) ou avec l’agenda Entourage, une configuration convenable et des processus manuels sont encore nécessaires. Chaque utilisateur utilise sa propre méthode pour synchroniser son ordinateur avec son portable, soit en empruntant Internet ou avec une clé USB ou par un lien direct compatible avec Windows. Il vaut mieux juger de la capacité et du potentiel réels de l’iPhone sur la seconde version qui est annoncée, qui inclura également des possibilités de communication en haut débit en 3G.
L’iPhone et la vidéo mobile
L’iPhone a été le premier terminal mobile au Royaume-Uni à recevoir les flux de vidéo sur demande, diffusés par la BBC. Comme pour YouTube, il a fallu convertir le contenu des flux dans un autre format, puisque Apple n’est pas adapté au format Flash, mais son iPlayer accepte fort heureusement le format vidéo H.264. La connexion avec EDGE étant trop faible, il faut utiliser l’un des 7 500 accès Wi-Fi fournis par le réseau britannique "The Cloud".
Le marché du médical
Selon le groupe Datamonitor, une des applications majeures de l’iPhone pourrait être celle des enregistrements médicaux et des systèmes de prises de décisions cliniques. Le corps médical a hésité à employer l’ordinateur au cours des consultations données aux patients, car la complexité des manœuvres informatiques rompt le contact humain. Il semble que la mobilité de l’iPhone et sa facilité d’emploi, celle-ci étant organisée autour de l’activité médicale, pourraient constituer des atouts majeurs. De plus, l’iPhone peut assurer toutes les autres fonctions que propose l’attirail d’outils électroniques dont s’encombrent les professionnels de santé qui courent dans les couloirs de l’hôpital (beeper, téléphone interne à l’hôpital, téléphone cellulaire, BlackBerry, ordinateur de poche, etc.). Un marché en or massif !
Un duel entre l’iPhone et BlackBerry, ou un duopole ?
Les terminaux BlackBerry et l’iPhone auront fait couler beaucoup d’encre dans l’histoire contemporaine de la téléphonie mobile. Mais il faut se tourner vers les utilisateurs pour savoir ce qu’ils pensent réellement des usages. BlackBerry s’est concentré essentiellement sur le marché des professionnels, alors que Apple a lancé son iPhone d’abord vers les résidentiels, pour mieux préparer son offensive vers les entreprises avec sa seconde version et une ouverture vers le protocole ActiveSunc de Microsoft.
ChangeWave Research, qui a conduit une enquête auprès des utilisateurs évalue à 56 % le nombre d’utilisateurs satisfaits de la messagerie de BlackBerry, du lancement des messages et du butinage sur Internet. 27 % sont favorablement impressionnés par l’écran tactile et 16 % applaudissent les aspects liés à l’ergonomie. Mais 11 % trouvent l’écran tactile trop petit, ce qui provoquerait de nombreuses erreurs de frappe. Environ 7 % seulement d’entre eux apprécient la forme et la taille du terminal et les résultats déclinent encore sur les aspects de l’accès aux portails de la Toile. Par contre, les chiffres bondissent lorsqu’il s’agit de l’iPhone, objet mythique, dont l’intégration du téléphone, de l’iPod et du butineur Internet recueille 36 % des suffrages. Cependant, en Amérique du Nord, comme en Europe, les contraintes fixées par les contrats de Apple avec les exploitants de réseau n’ont pas été appréciées.
Les deux terminaux, dans leur prochaine version, doivent, l’un et l’autre, évoluer vers des accès en débits plus élevés (3G). Les améliorations de l’iPhone évoquées plus haut et celles que l’on prête à BlackBerry vont encore resserrer la compétition, particulièrement dans le domaine des marchés professionnels.
L’étude conduite par ChangeWave Research laisse entrevoir la domination progressive de Apple et RIM sur le marché des terminaux mobiles. Chacun des deux camps a ses partisans qui célèbrent avec ferveur leur constructeur favori. Le marché est très vaste et les grands vainqueurs de la compétition semblent bien être Apple et RIM, lesquels vont faire mordre la poussière aux autres compétiteurs.
Vocabulaire :
L’utilisabilité (ou usabilité), définie par la norme ISO 9241, est "le degré selon lequel un produit peut être utilisé, par des utilisateurs identifiés, pour atteindre des buts définis dans un contexte spécifié". Parmi les critères de l’utilisabilité, sont souvent cités : l’efficacité (pour atteindre le résultat prévu), l’efficience (avec un effort ou un temps moindre), la satisfaction (confort), la facilité d’apprentissage, la facilité d’appropriation et la fiabilité. Le degré d’utilisabilité d’un équipement ne peut être défini qu’en fonction de la qualité de ses utilisateurs (novices, ponctuels ou experts)].
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