La relance économique n’utilisera pas cette fois le mythe de la conquête spatiale ou de l’installation d’une colonie multinationale sur la Lune ou sur la planète Mars. Les rêves d’une technologie salvatrice de la crise s’orientent aujourd’hui vers la distribution du haut et du très haut débit pour la vente incertaine d’applications numériques encore mal définies. Ces rêves se heurtent pourtant à plusieurs difficultés concrètes. Jugez en par vous-mêmes, à travers les quelques exemples fournis récemment par la Presse et sélectionnés ici pour vous.
La fibre optique jusque dans les prés britanniques
La société anglaise Rutland Telecom s’est spécialisée dans le haut débit jusque dans la campagne. Elle utilise à cet effet toutes les combinaisons des technologies actuellement disponibles (en paires dégroupées, en paires sous dégroupées, en fibre optique et en systèmes radioélectriques). Elle dessert, grâce à des mini DSLAMs placés au premier point de distribution, en haut débit et au meilleur prix, les coins les plus reculés du Conté britannique de Rutland. Rutland Telecom est également fournisseur d’accès à Internet et de services téléphoniques sous IP. Elle a déployé depuis 2007 des systèmes ADSL2+, du VDSL, du SHDSL et des liens en fibre optique et compte couvrir des applications Internet de 10 à 48 Mbit/s sur tout le Conté avant la fin de 2010. (Mais y aura-t-il suffisamment de clients ?).
L’Arcep se plaint de la bonne qualité de l’ADSL en France
Jean-Ludovic Silicani, le Président de l’Arcep, s’est déclaré très "déçu jusqu’à maintenant" sur le lent déploiement de la fibre optique en France. "Il y a un décalage très fort entre le nombre de foyers raccordés à la fibre optique (800 000) et le nombre de foyers réellement abonnés (80 000)", a-t-il ajouté. Mais la France n’est pas un cas isolé en Europe : le taux d’abonnement à la fibre optique est, en effet, également très bas chez nos voisins. Selon lui, ce retard "peut s’expliquer par le fait qu’en France le haut débit en ADSL soit de très bonne qualité et que le prix en soit extrêmement bas". M. Silicani a en conséquence appelé les exploitants de réseau à faire "de l’action commerciale pour mieux faire connaître aux clients leurs offres en fibre optique". (Au passage, de notre côté, nous féliciterons les anciens ingénieurs et techniciens des PTT qui ont légué à Orange et aux exploitants qui vivent aujourd’hui du dégroupage, un si beau réseau de distribution !).
Le déploiement de la fibre optique en France
Madame Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, a annoncé que l’Etat investira 7 milliards d’euros sur quatre ou cinq ans, à partir de 2011, pour soutenir le déploiement de la fibre optique en France. En tout, selon un rapport parlementaire, ce déploiement est estimé à 30 milliards d’euros pour 75 % de la population desservie en fibre optique en 2020 et 100 % en 2025. Pour résoudre le problème du financement, comme le grand emprunt national ne pourra apporter que deux milliards d’euros et les fonds européens une petite centaine de millions d’euros par an, une nouvelle taxe est envisagée. Par exemple, un complément mensuel de 2 euros sur l’abonnement ADSL des particuliers sera proposé (Les TER participent-ils aussi au financement des TGV ?). Dans l’immédiat, trente quatre collectivités territoriales bénéficieront d’un budget global de 30 millions d’euros du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) en faveur du développement du haut débit dans les zones rurales. Le gouvernement français vise à " l’accélération du déploiement national du très-haut-débit " de façon à couvrir 100 % des foyers d’ici à 2025. Mais où sont donc passées les applications ?
"Le très haut débit progresse dans le monde", déclare l’Idate
L’Idate vient de publier son étude relative au haut débit dans le monde. Ainsi, selon cette étude, près de 41 millions d’abonnés seraient raccordés au FTTH/B (fibre jusqu’à la maison ou jusqu’au pied de l’immeuble) en 2009 et ce chiffre devrait être porté à 52 millions en 2010. Si la croissance de cette activité est nette, il faut cependant bien faire attention aux définitions des termes employés. Un abonné peut être raccordé à la fibre sans pour cela avoir souscrit un abonnement. Le rapprochement des chiffres avancés pour la France par l’Idate (308 200 abonnés) avec ceux de l’ARCEP (800 000 raccordements et 80 000 abonnés à des services) explique ces nuances. Néanmoins, la France se situe ainsi au dixième rang mondial, derrière le Japon (17 millions d’abonnés), la Corée du Sud (9 millions), les Etats-Unis (5,7 millions), etc. (Mais que peuvent faire les Japonais avec cette belle fibre optique posée depuis près de 20 ans ? De la diffusion de dessins animés culturels, sans doute !). www.idate.org
La transformation du protocole IP apportera plus de nouvelles connexions
Pour Cisco, la transformation progressive et rapide du réseau de communication ne fait qu’augmenter le nombre de liaisons au sein des réseaux privés de la clientèle professionnelle. Cette façon d’appréhender l’évolution du protocole IP est compréhensible. Le nombre d’objets à connecter ne fait qu’augmenter, ce qui pose des questions sur la façon d’assurer le plus rapidement possible toutes les interconnexions nécessaires au sein du réseau général. Et la nature des applications a également changé. Après la parole et la télécopie, les exploitants de réseau ont été amené à traiter de communications entre des machines très diverses. Les banques parlent entre elles et avec leurs clients et les hôpitaux et les médecins parlent avec leurs dossiers médicaux. Les terminaux mobiles, comme l’iPad, conversent avec des ordinateurs et des Centres d’appel, ou bien ils sont utilisés pour des conservations vocales ou vidéo. Les sportifs peuvent faire parler leurs chaussures afin d’enregistrer l’intensité de leurs efforts, alors que les fournisseurs d’énergie électrique envisagent dialoguer avec les compteurs électriques de leurs clients. L’Internet des objets supposera établir encore plus de communications que ne le faisait l’Internet des Internautes, et avec des contraintes encore bien différentes. Le discours de Cisco est clair et IPv6 va nécessiter de nombreuses mises à hauteur dans les réseaux. www.cisco.com
Haut débit américain : vers de nouvelles bases réglementaires ?
Le Congrès américain s’apprête à définir une nouvelle politique pour les télécommunications en vue de stimuler la demande en faveur du haut débit. La FCC a interrogé également ses juristes afin de savoir si elle doit placer le haut débit sous un régime particulier et contraindre au besoin, industriels et exploitants, à relancer leurs activités afin de faire repartir la machine économique. Au besoin, des sociologues pourraient être sollicités pour démontrer le lien qui unit le taux de croissance du PIB de la première puissance économique du monde avec l’activité du clavier des octogénaires à l’occasion des jeux en ligne et de celui des ménagères un peu plus jeunes pour les programmes vidéo. Dix milliards de dollars investis chaque année dans le haut débit pourraient créer, dit-on, près d’un demi-million d’emplois. [Remarquons que les TIC représentent en France 6 % du PIB, contre 12 % aux Etats-Unis, et 18 % en Corée du sud.] Parmi les objectifs visés par la FCC, on relève la réutilisation des fréquences de la télévision analogique par les terminaux mobiles de nouvelle génération, la protection des données personnelles, la diffusion des informations relatives aux services à haut débit et la sécurité dans l’usage de toutes les applications de l’Internet. Cette démarche supposerait une remise à niveau de la définition des services de communication offerts (téléphone et haut débit – dont celui de l’audiovisuel) ainsi que des prérogatives de chacune des entités fédérales de réglementation. Sans doute faudrait-il réviser les conditions d’établissement des tarifs du haut débit et celles de la concurrence au sein de l’Internet. Les principaux industriels concernés et les grands exploitants de réseau ont senti passer le vent du boulet et ils ont fait savoir à la FCC que le Congrès devrait d’abord être saisi pour toute modification éventuelle envisagée de la déontologie de la réglementation des communications.
Compétition technique pour le haut débit américain
La FCC a ouvert une étude pour évaluer le prix du haut débit, afin de mettre en compétition les industriels, et encourager à la fois l’innovation et l’investissement. Dans les zones rurales, les systèmes radioélectriques avaient d’emblée la faveur des autorités, sous réserve de pouvoir assurer un service fiable et sécurisé dans des zones où les fréquences seraient disponibles. Une autre proposition fut formulée, associant plusieurs technologies partagées dans un réseau rural entre plusieurs groupes d’utilisateurs. Selon ABI Research, le coût de la transmission numérique par radio s’est révélé à cette occasion environ 40 à 50 % moins coûteuse que par fibre optique, le coût d’un 100 Mbit/s étant évalué à 50 000 $ contre 140 000 à 600 000 $ par km de fibre optique. Le problème garde encore son mystère, car compte tenu de la complexité des réseaux régionaux et ruraux à édifier pour la mise en place du haut débit dans tous les foyers, les experts américains se demandent si ces coûteux investissements trouveront un jour leur justification et leurs amortissements.
Position de l’Avicca (extrait du communiqué du 15 Juin 2010)
"Pour les exploitants de réseau, l’intérêt d’un engagement (pour la fibre optique) paraît moins évident : pourquoi investir massivement dans plusieurs nouveaux réseaux concurrents, qui n’offrent pas de claire perspective de rapporter plus que celui unique, ouvert à tous les exploitants, qui existe aujourd’hui ? D’un côté des certitudes, le marché du haut débit est très rentable et les parts de marché sont stables ; de l’autre, une série d’inconnues sur les coûts de déploiement, d’exploitation, de mutation des abonnés du cuivre vers la fibre et l’ouverture d’un nouveau jeu concurrentiel. C’est bien là que réside le paradoxe de certains choix des pouvoirs publics, qui tentent de subordonner l’initiative publique à la logique des opérateurs privés. Il faudrait aussi que les collectivités scindent leurs projets pour tenir compte des intentions de déploiement des exploitants, afin de bénéficier des subsides du programme national". www.avicca.org
En conclusion
L’évolution de l’Internet est annoncée comme une transition prochaine qui devrait permettre à la Toile de s’ouvrir aux transactions commerciales fiables et d’atteindre, par des liaisons fixes ou mobiles, l’informatique en nuage avec des services informatiques virtuels décentralisés (Cloud Computing). Sans compter encore l’aide médicale à distance, l’aide au transport routier en IPv6, une meilleure gestion de la distribution des ressources énergétiques (Smart Grid), le téléenseignement, la vidéo et les jeux en ligne pour tous, etc. La somme de toutes ces applications nécessiterait donc un haut débit fiable, économique et bien distribué partout. L’Internet des objets devrait apporter la révolution industrielle et sociale du futur pour tous les pays du monde. Le contribuable espère que la cohérence de ces projets sera présente à tous ces rendez vous lancés par le développement actuel des technologies.
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