Aujourd’hui, l’actualité centre les thèmes des technologies de l’information vers l’amélioration des relations "soignants patient" avec la télémédecine et la poursuite de l’informatisation des services de santé. Malgré la crise, ou à cause de la crise, de gros progrès sont en vue.
L’adaptation légendaire du Medec
Des esprits chagrins ont laissé entendre que le Medec s’était fait piéger cette année par la puissance de quelques entreprises connues pour leur orientation vers la "malbouffe". Erreur de lecture, cher confrère ! Il faut en fait, visiter le Salon du Médec sur place pour se rendre compte que les exposants de la division "Nutria" ont évolué avec les consommateurs. Et si le Médec héberge encore des producteurs de vins, il est aussi soutenu par des producteurs de légumes, de yaourts et d’eaux minérales. Mac Donald a créé des menus "enfant" à base de salades et Coca Cola vend 25 % de boissons sans sucre. Mais, l’organisation du Médec a également changé. Crise oblige, il n’y a plus de vestiaires et de repas gastronomiques pour les journalistes, comme il en était coutume il y a une quinzaine d’années. Mais la peur du cholestérol a aussi peut être fait fuir les pique assiettes ? En 2009, les comptes rendus de conférence ont disparu et les casiers de dossiers publicitaires des exposants sont désespérément vides, Internet dispensant gratuitement les messages sous format Adobe. La révolution Internet a gagné le domaine médical et "la Médecine française a épousé son siècle" ! Mais cette année, les économies d’énergie auraient-elles découragé une partie des congressistes traditionnels et près de 15 % des exposants ?
"La Télémédecine, mais c’est l’avenir !"
Avec cette exclamation gaullienne, notre Président a fait sans doute rapidement le tour complet du sujet et, peut-être espère t-il, lui aussi que "l’intendance suivra !". C’est sans doute aller vite en besogne, car le chantier est vaste et si la France peut se flatter d’avoir entrepris avec succès les premiers pas de la modernisation des services de santé grâce à l’informatique et les TIC, il demeure encore un long parcours à accomplir.
Le thème général de la médecine et des TIC est vaste et il peut être vu sous différents angles, selon la spécialité et l’humeur de l’observateur. Sous tous les aspects d’ailleurs, chacun peut être tenté de considérer la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Mais réjouissez vous quand même, si la liste des réformes à faire, des changements à opérer, des habitudes à oublier est longue, les premiers pas de la réforme (les plus significatifs) ont été accomplis et aujourd’hui, même si chacun sait qu’il reste du chemin à parcourir, notre pays paraît dans la bonne voie de la modernisation des services de santé et dans l’acceptation d’un vaste plan d’évolutions qui associera largement les TIC.
En effet, les anciennes réticences du corps médical vis-à-vis de l’informatique sont pratiquement tombées aujourd’hui, que ce soit en médecine de ville ou en médecine hospitalière. L’expérience du DMP (Dossier Médical du Patient) a sans doute été coûteuse (selon certains), mais elle a permis des pratiques dont les résultats ont enchanté les participants et leurs patients. Des Réseaux thématiques de Soins (cœur, reins, diabète, cancer, maladies chroniques, etc.), organisés sur des bases régionales, ont montré l’intérêt du DMP et l’ensemble de ces expérimentations a nourri les réflexions des diverses instances de contrôle de l’Etat (Commissions de Parlementaires, la CNIL, l’Ordre des Médecins, la Mission d’Information sur les Services de Santé, etc.), de sorte que les outils juridiques et réglementaires qui vont entourer les pratiques de demain seront bien mieux adaptés à leur cadre. De plus, cette approche par la pratique du DMP a conduit au lancement progressif du DP (Dossier Pharmaceutique), lequel associé à la Carte Vitale, va permettre de suivre les achats de médicaments par le patient et éviter à celui-ci des erreurs fatales (surdosages, incompatibilités, etc.). Si petite soit-elle, la Carte à puce (avec cependant une ADSL sécurisée) va enfin trouver ici une de ses justifications premières : aider simplement le citoyen à mieux gérer sa santé ! Il reste encore de nombreux points à accommoder avec la réalité de tous les jours, mais le train est en marché !
L’Ordre des Médecins a rédigé une plaquette sur le thème de la Télémédecine dans laquelle il en rappelle ses vues déontologiques. Il est intéressant d’y noter que la Télémédecine y est définie en quatre niveaux (téléconsultation, téléassistance médicale, télé expertise et télésurveillance) et que les diverses expériences réalisées ont permis de dégager les grands principes de son exercice (droits des patients, rémunérations des professionnels de santé, enjeux juridiques, etc.). De même, l’ANTEL (Association Nationale de Télémédecine) a mis sur son site le Rapport, rédigé par Pierre Simon et Dominique Acker, Conseillers généraux des établissements de santé, intitulé "La place de la télémédecine dans l’organisation des soins" [www.antel.fr/]. Un autre rapport a été également rédigé par le Conseil de l’Ordre sur le thème de "La déontologie médicale sur le Web santé" (disponible également sur le site du CNOM). Toute cette évolution ne reste pas figée dans le cadre de la France et le Parlement Européen aura bientôt à se prononcer sur les mesures relatives à la télémédecine transfrontalière.
Les professionnels de santé savent utiliser les TIC
C’est une bonne surprise ! Les outils de travail collaboratif qu’offrent les applications de la Toile ne semblent ne plus avoir de secret pour les professionnels de santé. Non seulement, ceux-ci les manipulent avec aisance pendant les conférences, mais certains d’entre eux, tel que le Docteur Jean Marie Vailloud, cardiologue, sont en mesure de comparer les vices et les vertus des différents outils collaboratifs de la Toile. Ainsi, il existe aujourd’hui plus de 150 blocs notes – blogs – médicaux, certains d’entre eux étant en mesure de recueillir près de 500 messages par jour pour des conseils à caractère professionnel (par exemple, "Grange Blanche") [http://grangeblanche.com/]. L’application , gérée par le Docteur Paoli, chirurgien en médecine faciale, mobilise un groupe de 1 800 abonnés pour des discussions entre professionnels de santé. "A quoi et à qui sert le Web2.0", demande un médecin ? La réponse à la question est une autre question “A quoi ça sert, pour un médecin dans sa pratique quotidienne ?" Sauf que sans le Web 2.0, Google n’existerait pas. Et on en serait encore à chercher une information pertinente dans une masse ingérable. Donc, ne peuvent se passer du Web 2.0 que ceux qui se passent de l’Internet". Mais le débat oublie un point important, celui de la sélection des bonnes adresses ! Sont cités un peu rapidement il est vrai, "Google Reader", Wikipedia, les applications liant flux RSS, "pubmed", ainsi que « twitter". En bref, si un spécialiste en réseau est incapable d’évoquer des thèmes médicaux, il serait très utile de donner davantage de temps à un professionnel de la santé pour qu’il transmette ses impressions sur les outils de communication et l’usage des TIC qui en est fait par les cercles médicaux. Retenez à cette occasion la bonne adresse de la "Grange Blanche" !
La Société savante de gastroentérologie gère depuis 1996 un site à l’intention de ses membres (dont 6 000 pages en accès libre) [www.snfge.asso.fr/]. Au total, ce sont près de 1,8 millions de pages qui y sont consultées chaque mois. De même, un thésaurus en cancérologie digestive est disponible sur la Toile pour tous les Internautes [www.tncd.org]. L’évaluation des pratiques professionnelles (EPP) est disponible sur terminaux portables de type "Smartphone". Un Forum "Gastroliste" (à accès réservé), des Podcasts médicaux, etc. ont été créés. L’ADESA (Association pour le Développement de l’Evaluation en Soin Ambulatoire), est dédiée à l’EPP et à l’accompagnement professionnel (médecins généralistes et professionnels de santé) sur le thème du raisonnement clinique [www.adesa.asso.fr/]. Et bientôt la diffusion des accès en haut débit mobile apporteront l’image vidéo à tous les "branchés" du territoire. Tous ces moyens disponibles (et nous n’avons cité que ceux disponibles en langue française) enrichissent l’action de santé publique. A côté de ces réalisations et de ces richesses, les propositions commerciales des grands acteurs américains de l’Internet paraissent réellement dérisoires.
Le monde de la santé va encore évoluer, et bien entendu, les organismes professionnels s’inquiètent pour l’avenir de leurs membres, mettant en cause la pyramide des âges des professionnels de santé (dont surtout les médecins, et les pharmaciens), des mouvements de population et de la mauvaise répartition des PS dans certaines régions françaises (alors que les densités françaises des PS sont supérieures aux moyennes des pays de l’OCDE), etc. Inquiètes pour leur avenir, toutes les professions s’estiment concernées par la crise !
La crise stimulerait-elle l’industrie française ?
Enfin, la FIEEC (Fédération française des industries électriques, électroniques et de communication) est sortie de sa réserve avec l’intention d’agir au sein du secteur de la santé et de la télémédecine ! Mais son communiqué est clair : il lui faut un financement ! Et pas moins de 40 milliards sur une période de sept ans ! Dix projets stratégiques sont proposés au cœur d’un "plan de conquête" ( ??), dont ceux de la sécurité numérique, la construction d’un réseau d’accès à Internet à très haut débit (à 10 Mbits/s dès 2012 et à 100 Mbits/s d’ici à 2020 – mais pourquoi faire ?) et d’une filière de production de contenus en haute définition, le tout pouvant être mis en place "rapidement et avec un retour rapide sur investissement garanti", selon ses promoteurs. Sur sept ans, ce plan permettrait de créer un million d’emplois. En télésanté, la FIEEC propose de suivre 10 % des patients en traitement sur leur lieu de vie d’ici à 2012, pour seulement 50 millions d’euros en 2009, suivis par trois milliards d’euros en quatre ans, ce qui devrait sauvegarder près de 50 000 emplois d’ici 2012. En somme, il s’agit bien d’une stratégie de conquête !
En bref
La France a lancé la mise en place d’un système, complexe mais efficace, de soins médicaux associés aux TIC et à l’Internet. Sans doute, nous n’en sommes qu’au démarrage. Avant nous, Pittsburgh et Israël, qui comptent respectivement 7 et 6 millions de patients totalement suivis sur le plan de la santé par des systèmes électroniques, ont engagé les réformes nécessaires il y a quelques années. Il demeure encore des points pratiques à résoudre chez nous, relatifs à l’identification des professionnels de santé, à l’information réelle du public sur les données de santé le concernant (en médecine et en pharmacie), à la sécurité des données et à leur hébergement, à l’amélioration des relations entre médecine de ville et l’hôpital, etc. Ces changements de relations vont créer une meilleure communication entre les parties prenantes, d’où émergera probablement une nouvelle médecine et encore de nouvelles techniques. Le mouvement de l’évolution continue n’est pas prêt de s’arrêter !
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