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La Gazette IPv6, de la fin Octobre 2008
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30 octobre 2008 - Magazine - Internet
IPv6 en France, existe ! Mille excuses, nous l’avions oublié ! Le "Plan numérique 2012" se concentre sur le nommage et la sécurité. Conférences et travaux pratiques sur IPv6 à Lyon au cours de ICT 2008. L’UIT s’intéresse vivement à la mise en place d’IPv6 dans les réseaux des pays en développement.
IPv6 en France est plus avancé qu’il n’y paraissait

La Gazette précédente a été plus pessimiste que nécessaire sur le point de disponibilité d’IPv6 en France. En réalité, IPv6 est opérationnel chez Free depuis le 13 décembre 2007, chez tous les clients qui ont activé la fonction, soit potentiellement 80 % des abonnés. La France est ainsi, pour ce qui est de la disponibilité du nouveau protocole chez les particuliers, plus en avance qu’à la traîne. Le cas est d’autant plus intéressant que la technique qui a été employée est innovante...et qu’elle est française ! Le communiqué de Free [www.iliad.fr/presse/2007/CP_IPv6_121207.pdf] rappelle que l’invention en est due à Rémi Després, plus connu jusqu’à présent comme concepteur de Transpac et "père" de X.25 dans les années 70, que comme créatif dans le monde d’Internet. Cette technique de la mise en œuvre de IPv6 utilisée par Free, désormais connue à l’IETF sous le nom de "6rd", voir [www.ietf.org/internet-drafts/draft-despres-6rd-02.txt] est un perfectionnement majeur de la technique antérieure, dite "6to4". Avec cette procédure, tout fournisseur d’accès à Internet qui gère lui même les routeurs d’entrée des sites utilisateurs, comme Free avec la Freebox, peut offrir rapidement IPv6 à ses clients sans avoir à modifier son infrastructure IPv4 existante. Sur le plan technique, la solution peut être considérée comme intermédiaire entre les solutions dites à "IPv6 natif" et celles dites "à base de tunnels". A la différence des solutions en IPv6 entièrement natif, l’infrastructure du fournisseur route les paquets IP, non pas directement à partir de leurs adresses IPv6, mais à partir d’adresses IPv4 qui en sont déduites. Les utilisateurs en revanche, dans leurs sites privés, ont des adresses "natives", justifiant le même traitement que si le routage d’infrastructure était lui aussi natif. Ceci distingue la solution appelée "6rd" des solutions antérieures, dites "6to4", "ISATAP" et "Teredo", où les tunnels sont établis avec des formats d’adresses IPv6 distincts justifiant un traitement spécifique. Par ailleurs, les routes empruntées avec "6rd" entre deux sites clients de Free sont aussi directes, autant en IPv6 qu’en IPv4. Ceci distingue la solution de celles où des tunnels point-à-point sont établis entre chaque utilisateur et des relais situés chez le fournisseur de service (et où, en conséquence, les paquets échangés entre clients du même fournisseur font un détour par un ou deux relais). Indépendamment de la technique choisie, espérons que ce premier déploiement pour des abonnés résidentiels donnera des idées à d’autres fournisseurs d’accès à Internet (FAI).

Le "Plan numérique 2012" veut moderniser le nommage

Eric Besson a présenté récemment les principales mesures du plan "Economie Numérique 2012" [www.france2025.fr]. Parmi les 154 décisions proposées (seulement !), "Domaine Info" y relève notamment quatre mesures qui prônent une modernisation du système de nommage et une cinquième relative à la sécurité.

Mesure 149 - Le plan propose une action concertée visant à déployer progressivement à compter de 2009 l’IPv6 (Internet Protocol, version 6), en lieu et place de l’IPv4, ce qui permettra d’augmenter de manière illimitée le nombre d’adresses Internet. La mesure est liée à la rédaction des marchés publics. Même s’il a pris du retard, le plan numérique français prône un déploiement progressif et planifié de l’IPv6.

Mesure 150 - Cette mesure revient sur l’échéance de l’accord pris entre l’ICANN et le Département du Commerce Américain, accord qui prend fin en septembre 2009. Elle propose, comme alternative à l’ICANN, la constitution progressive d’une organisation internationale pluridisciplinaire reliant secteur privé et gouvernements.

Mesure 151 - L’internationalisation des noms de domaine est stratégique, car elle répond non seulement à la politique de diversité culturelle de la France, mais elle devrait aussi faciliter une multi-polarisation des responsabilités de gestion des ressources critiques d’Internet entre les différentes régions du monde partageant la même écriture.

Mesure 152 : Cette mesure encourage les acteurs français à introduire des noms de domaine génériques (gTLDs), telle que, notamment, la création d’un .PARIS.

La mesure 153 concerne le renforcement de la sécurisation de l’Internet. Le plan propose une coopération internationale pour assurer la stabilité et la sécurité du réseau. Cette coopération portera à la fois sur les mesures techniques contre les risques informatiques, sur la coordination des mesures juridiques et enfin sur la sensibilisation des usagers de l’Internet. [www.domainesinfo.fr]

A propos de la "Mesure 149 !"

La technologie IPv6, en augmentant de manière illimitée le nombre d’adresses IP favorisera l’apparition d’applications Internet innovantes, notamment celles qui nécessitent de mettre en réseau un très grand nombre d’appareil simples. À titre d’exemple, la gestion de l’éclairage public et des bâtiments intelligents pourrait être améliorée. L’Internet pourrait alors servir à connecter entre eux, à peu de frais et de manière fiable, des capteurs sans fil intégrés à des appareils domestiques. Le déploiement d’IPv6 est inévitable. Il a cependant pris du retard car les acteurs industriels n’en tirent pas un bénéfice immédiat. Le coût de son introduction pourra être maîtrisé à condition que celle-ci soit progressive et planifiée. Il est recommandé d’introduire IPv6 étape par étape, notamment à l’occasion de mises à jour de logiciels et d’équipements, de changements dans l’organisation et de mesures de formation (qui peuvent sembler sans rapport avec IPv6 a priori). Les coûts seront nettement plus élevés si IPv6 est déployé en tant que projet distinct et avec des contraintes de temps. Les gouvernements européens ont donc un rôle important à jouer en encourageant tous les acteurs à accélérer la migration vers IPv6 pour le bénéfice de l’ensemble de la communauté Internet. Lors d’une consultation publique de la Commission européenne en février 2006, l’utilisation des marchés publics a été retenue en tant que moyen efficace d’accélérer la transition vers IPv6. Ainsi, le gouvernement des Etats-Unis a-t-il imposé en 2005 à toutes les agences gouvernementales fédérales de faire migrer leurs dorsales principales vers IPv6 avant mi-2008. Retrouver ce commentaire et plusieurs autres sur le blog de la TFF. [www.g6.asso.fr/blog/ ?p=27]

Réunion annoncée

ICT 2008 – Du 25 au 27 Novembre 2008, à Lyon - (Information and Communication Technologies 2008). C’est dans le cadre du septième programme européen de recherche (Seventh Framework Programme, FP7) que se tiennent ces journées ICT 2008 de Lyon.
[http://ec.europa.eu/information_society/events/ict/2008/themes/index]

Thèmes de la conférence : Inventons l’avenir avec le concours des Technologies de l’Information et de la Communication, dans les domaines de la biologie, des nanotechnologies, la robotique de la connaissance, etc.

En particulier, auront lieu dans le cadre de cette manifestation, des démonstrations IPv6 qui constituent des réalisations tangibles, relatives aux projets Anemone, CVIS, CityMobil et u2010. Notons également deux conférences, assurées par Thierry Ernst, chercheur à l’INRIA, la première en tant que Président de "IPv6 Task Force France" et la seconde en tant que Coordinateur Technique du projet européen GeoNet.

- http://ec.europa.eu/information_society/events/cf/item-display.cfm ?id=827 "IPv6 : Easing IPv6 Deployment"

- http://ec.europa.eu/information_society/events/cf/item-display.cfm ?id=629 "The networked car : boosting early IPv6 adoption".

IPv6 à l’UIT

Les 4 et 5 Septembre 2008, l’Union Internationale des télécommunications (UIT) a organisé à Genève un Atelier sur le thème de l’IPv6. Cent cinquante délégués, en provenance de 45 pays, ainsi que des représentants des RIRs, ont participé à cette réunion centrée sur la migration de IPv4 vers IPv6, les travaux de normalisation afférents et l’incidence de cette mutation pour les pays en développement.

La première partie de la réunion a été consacrée à dresser un tableau de la situation actuelle. Martin Potts, de l’IPv6 Forum, a présenté les grandes lignes du projet européen appelé "6DEPLOY Project for IPv6 Training and Support for Deployments" (2008-2010), qui, compte tenu de la pénurie prochaine en adresses IPv6, vise à informer, à former et à évaluer les solutions et outils proposés pour la mise en œuvre d’IPv6. Krasimir Simonski, de SAITC (Bulgarie) a fourni le point de vue de pays qui doivent mettre leurs équipements à hauteur et qui espèrent bénéficier d’une aide gouvernementale. Liu Dong, du BII Group, a résumé l’effort accompli par la Chine à l’occasion des Jeux Olympiques de Beijing en 2008 et au cours des premiers déploiements de IPv6 qui vont se prolonger maintenant dans le plus vaste réseau Internet du monde. Après les présentations de l’industriel Cisco et de l’exploitant de réseau Tiscali, Mustapha Guirari, de Case Technology, a résumé les efforts accomplis au cours des sept dernières années dans la région du Golfe pour faire connaître IPv6.

La seconde partie de cet Atelier a été dédiée aux conséquences techniques prévisibles de la migration vers IPv6. La présentation de M. Léo Végoda, de l’ICANN et IANA, a donné une vue générale du déploiement actuel de IPv6 dans le contexte des DNS en comparaison avec IPv4. Mr. Vegoda a également expliqué le rôle assumé par l’ICANN. Mr. Guy Myoung Lee, de l’institut coréen de recherche ETRI, s’est intéressé à l’usage de IPv6 dans le cadre du NGN et à la façon d’organiser la migration de IPv4 vers IPv6. Il a insisté sur l’usage de IPv6 dans le cadre du NGN et sur les impacts possibles. Tayeb Ben Meriem, de “l’IPv6 Task Force” européenne, a précisé le rôle du groupe de travail européen qu’il préside. Il a insisté sur le fait qu’IPv6 pouvait être utilisé dans les flux du réseau d’accès en haut débit (xDSL, FTTX, WiMAX, 3G, HSDPA, 4G/LTE, IMS, etc.) ainsi que pour l’Internet des objets et le RFID. M. Sheng Jiang, de Huawei Technologies, après avoir présenté les mécanismes de cette transition ainsi des modèles commerciaux envisageables, a souligné le caractère inévitable de la migration de IPv4 vers IPv6.

Au cours de la troisième partie, dédiée aux aspects économiques liés à l’adoption de IPv6, le Professeur Milton Mueller, de l’Université de technologie de Delft, a rappelé que le trafic ou l’échange d’adresses IPv4 sur le plan mondial, qui est possible techniquement, conduirait néanmoins à détériorer la qualité de la gestion des ressources de l’espace légal d’adresses et en conséquence à réduire la confiance et la sécurité sur le réseau Internet. Néanmoins, la transition sera longue et les institutions RIPE, ARIN et APNIC devraient harmoniser leurs politiques sur le point des transferts d’adresses entre les régions dont elles ont la charge. Didier Le-Moine, rapporteur de la Commission d’études 2 de l’UIT-T, a fait état des remarques transmises par correspondance. Il a été souvent noté que les entreprises et les fournisseurs d’accès à Internet sont plus prolixes sur les coûts impliqués par la mutation que par les bénéfices qu’ils vont en retirer à terme. Nabil Kisrawi, Président permanent du Groupe arabe de normalisation a commenté le contenu de la Contribution 30, adressée à la Commission d’études 3 de l’UIT-T, qui porte sur les aspects de tarifs, de fraudes possibles avec l’emploi des anciennes adresses IPv4, ou des NAT, de l’insécurité sur l’Internet, etc. Il a soulevé la question des coûts de migration pour les pays en voie de développement, en équipements, en mesures, en formation, en maintenance, etc. L’incidence sur les tarifs, en particulier lorsque Internet est utilisé pour dériver du trafic vocal international (Rec. D.50), pour le NGN, ou dans le cadre de l’évaluation des coûts des liaisons de terminaison

La quatrième et dernière session devait apporter les éléments de conclusion à ces journées d’informations et de débats. Les intervenants et les participants identifient pleinement le problème qui se pose aux pays en développement à l’occasion de cette migration nécessaire de IPv4 vers IPv6, d’autant plus que les gouvernements ont un rôle incitatif à jouer à cet égard. Le processus de migration étant poussé par les besoins du marché, tous les FAI ont l’obligation d’assurer la continuité du service. Les voies optimales de cette migration IPv4 vers IPv6 ne paraissent pas suffisamment claires aux décideurs des pays en développement pour leur permettre de prendre une décision ferme. Des scénarios alternatifs ont été identifiés, particulièrement dans le cas de marchés de transfert, tout en tenant compte du rôle des RIRs. Les acteurs principaux, tels que l’ICANN et les RIRs, étudient les mécanismes propres à identifier et à reprendre éventuellement les stocks d’adresses IPv4 inutilisées. Sur les points de la sécurité et de la confidentialité, la Commission d’études 17 de l’UIT-T a mis en place un groupe de travail sur la Cybersecurity, qui est en mesure de comparer le degré de sécurité apporté par un NAT avec celui d’un adressage en IPv6. Sur le point de la formation, il est apparu que la "Cisco Network Academy”, créée par l’UIT et Cisco en partenariat, pourrait servir de modèle. Pour ce qui est des coûts des équipements et de la configuration, les participants ont estimé que les coûts étaient abordables lorsque le trafic le justifie. Les RIRs commercialisent des services de gestion d’adresses et il n’existe pas de droit de propriété sur une adresse. La réglementation relative au transfert d’adresse n’est pas prise en considération actuellement. Mais la question de savoir, si, devant acheter un équipement de raccordement, on doit demander une adresse gratuite IPv6, ou payer pour utiliser une adresse (rare) en IPv4, mérite d’être étudiée. Enfin, il semble que la question relative aux règles traditionnelles admises par l’UIT pour l’établissement des tarifs sur la base des coûts demeure à résoudre par les Commissions d’études 2 et 3 de l’UIT-T.

Le rôle dévolu au BDT (UIT-D), dans le cadre de la coopération internationale, suggère l’ouverture de projets régionaux en faveur des pays en développement afin d’assurer la formation nécessaire en IPv6 dans ces réseaux, avec le soutien financier de l’UIT et de la Commission européenne. [http://ec.europa.eu/information_society/policy/ipv6/index_en.htm].

Les participants ont estimé en conclusion que ces journées ont été très riches en informations utiles. [www.itu.int/ITU-T/worksem/ipv6/200809/]
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