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La Gazette IPv6 de Novembre 2010 : Le point de vue de France Télécom-Orange
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18 novembre 2010 - Magazine
Le Webzine a pris l’initiative de demander aux experts en IPv6 quel était leur point de vue sur le protocole IPv6, sa mise en œuvre et les conséquences pour l’utilisateur. Premier arrivé, premier publié ! Ce mois-ci, c’est donc France Télécom-Orange qui inaugure la rubrique et qui répond dans notre Gazette. Leurs experts répondent à nos questions et nos commentaires terminent ces pages.
I – Le questionnaire relatif au protocole IPv6

Le protocole IPv4, utilisé sur l’Internet depuis les années 1970, ne peut plus convenir aux besoins actuels, compte tenu de la limitation de son espace d’adressage. La Commission européenne a appelé, en Mai 2008, les entreprises et les autorités publiques "à employer largement » d’ici à 2010 une nouvelle architecture Internet, afin d’éviter une pénurie des adresses IPv4 et le plan pour "la France numérique de 2012", présenté en Octobre 2008, souligne la nécessité d’ "Introduire progressivement, à partir de 2009, la compatibilité avec IPv6, dans les marchés de l’Etat" (Action 149). Dans ce contexte, de nombreux Etats (Australie, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, Inde, Japon, Taïwan, etc.) ont organisé une mise en place progressive du protocole IPv6.

II – Les réponses de France Télécom-Orange aux questions posées

2.1 - A votre avis, existe-t-il en France une initiative globale pour faire face à la limitation prochaine de l’adressage Internet (Etat, instances de réglementation, acteurs de l’Internet, industriels) ?
Non, au-delà des ambitions affichées par le gouvernement (Action 149 rappelée en introduction). Les Ministères de l’industrie et de l’éducation (par exemple) devraient être en première ligne pour le déploiement d’IPv6 dans leurs Ministères et dans les établissements dont ils ont la charge.

2.2 - Votre société a-t-elle conçue son propre plan d’action ? Si oui, que proposez-vous à votre clientèle des secteurs administratifs, industriels et commerciaux ?
Oui. Avec plus de quinze ans d’expertise du domaine IPv6, France Télécom a lancé en mai 2008 le programme IPv6 destiné à définir et à mettre en place la stratégie d’introduction du protocole IPv6 dans les infrastructures réseau et service du Groupe. Organisé en trois phases (introduction, migration et production), ce programme pluriannuel couvre à la fois les environnements fixe et mobile, ainsi que les marchés résidentiel et entreprise. A ce titre, France Télécom / Orange Business Services propose depuis mai 2009 un service de VPN (Réseau Privé Virtuel) IPv6 (voir http://www.orange.com/fr_FR/presse/communiques/att00012168/IPv6FR.pdf, notamment) en France et à l’international. De plus, Orange Business Services offre également un service Internet IPv6 pour les entreprises en France sur l’offre Business Internet depuis septembre 2009. En outre, les équipes de consultants dédiées aux secteurs administratifs, industriels et commerciaux sont prêtes à accompagner ces clients dans la définition et la mise en place de leur stratégie de migration vers IPv6.

2.3 – Il semble exister plusieurs voies de migration de IPv4 vers IPv6. Quelle est celle que vous préconiseriez et pourquoi ?
Il existe en effet plusieurs options techniques. France Télécom préconise l’approche "double pile" ("dual stack"), qui consiste à ce que les composantes élémentaires d’un service (équipements réseaux, terminaux, plates-formes de service), puissent indifféremment solliciter la pile IPv4 ou la pile IPv6 en fonction de la nature de la communication à établir : l’accès à un site IPv4 depuis un terminal "Double Pile" s’appuiera sur le protocole IPv4, l’accès à un site IPv6 depuis ce même terminal s’appuiera sur le protocole IPv6. Cette approche est la plus simple à mettre en œuvre et facilite l’introduction progressive d’IPv6 en toute transparence vis-à-vis des utilisateurs.

2.4 – A votre avis, quels sont les avantages pratiques qu’un client peut retenir d’un adressage en IPv6 ?
Le protocole IPv6 se caractérise non seulement par un espace d’adressage quasi illimité (les adresses IPv6 codées sur 128 bits permettent d’en attribuer jusqu’à 5.1028 par Terrien !), mais également par des capacités de configuration automatisée qui rendent l’accès à Internet d’autant plus simple, mais aussi plus performant. En outre, IPv6 peut également être considéré comme un catalyseur de nouveaux services, tels que les services de communication machine-à-machine qui permettront par exemple de contrôler à distance un système d’éclairage domestique ou de détecter rapidement un mouvement ou la présence de fumée chez soi : les technologies de capteurs associées au déploiement de tels services se caractérisent en effet par de faibles ressources en mémoire et en énergie qui imposent de facto le support d’une seule pile IP, qui sera donc une pile IPv6 compte tenu des capacités d’adressage et d’auto-configuration de ce protocole.

2.5 – Déconseillez-vous actuellement aux clients résidentiels de disposer déjà d’une adresse IPv6 avec un sous réseau (réseau final) ?
Non. Le programme IPv6 mis en place par France Télécom depuis plus de deux ans met notamment l’accent sur la nécessité d’anticiper la pénurie d’adresses globales IPv4 et, par conséquent le déploiement d’IPv6. A ce titre, un préfixe d’une longueur de 56 bits (sur les 64 premiers bits disponibles d’une adresse IPv6, soit la capacité de disposer de 28 sous-réseaux distincts à la maison) sera dynamiquement attribué aux équipements d’accès installés chez les clients résidentiels (par exemple les Livebox pour les clients France Télécom).

2.6 - A combien estimez-vous le coût par client du passage à IPv6 ?
(pas de réponse fournie)

2.7 – A votre connaissance, existe-t-il des logiciels ou des applications qui doivent être adaptées pour fonctionner à la fois en IPv4 et en IPv6 ?
France Télécom encourage la communauté des développeurs à faire en sorte que leurs applications soient indépendantes du format d’adresse utilisé, et qu’elles puissent donc fonctionner indifféremment sur une pile IPv4 ou une pile IPv6 sans que cela nécessite la moindre adaptation du terminal qui embarque ces applications. Toutefois, il existe aujourd’hui un certain nombre d’applications qui ne sont pas encore capables de fonctionner sur une pile IPv6. De ce point de vue, la stratégie de migration vers IPv6 mise en place par France Télécom intègre en particulier la nécessité de garantir la continuité de services IPv4 (typiquement ces services qui imposent d’utiliser des applications qui ne fonctionnent que sur une pile IPv4) durant la période de transition qui s’annonce. La garantie de la continuité des services IPv4 pendant cette période s’appuie sur un ensemble de solutions qui sont actuellement en cours d’évaluation.
Enfin, le site http://www.deepspace6.net/docs/ipv6_status_page_apps.html est un excellent indicateur de l’état du support du protocole IPv6 par les applications disponibles sur le marché.

2.8 – Existe-t-il à votre avis des outils de mesure suffisants pour qualifier, en fonction des critères retenus par l’ETSI, le passage d’une installation informatique privée à une exploitation duale IPv4 – IPv6 ?
Il faudrait préciser ce que l’on entend par "qualifier". Il existe aujourd’hui deux métriques – l’attribution d’un préfixe par le RIR et l’annonce de ce préfixe sur l’Internet. La combinatoire de ces deux métriques garantit normalement le passage effectif à IPv6, mais il serait sans doute utile de mettre en place une communauté d’acteurs de l’Internet IPv6 destinée à partager les premières expériences opérationnelles et à rendre compte régulièrement des usages d’IPv6 et des difficultés rencontrées. Le "groupe G6" pourrait jouer ce rôle, en admettant des moyens plus importants (voir ci-dessous en 2.16).

2.9 – Etes-vous au courant que les RIR ne seront plus en mesure d’obtenir de nouveaux blocs d’adresse IPv4 à partir de mai 2011 ?
Ayant un rôle actif au sein des communautés RIR et en particulier RIPE, nous sommes très naturellement au courant de cette situation.

2.10 - Conseillez-vous à vos clients l’installation de serveurs accessibles en IPv6 ?

Oui, en cohérence avec la stratégie de migration vers IPv6 mise en place par France Télécom, et dans un contexte d’accompagnement naturel de ses clients vers IPv6.

2.11 - Pour quel type de service conseilleriez-vous à vos clients l’utilisation d’IPv6 ?

Prioritairement, les services d’accès à Internet, de voix sur IP, ainsi que les services de VPN au moins pour les entreprises qui ont des relations commerciales avec les pays asiatiques ou qui souhaitent s’affranchir de la complexité de gestion liée à l’utilisation de plans d’adressage IPv4 privés. France Télécom collabore par ailleurs avec la communauté des fournisseurs de contenus de sorte que ceux-ci puissent être progressivement accessibles en IPv6. Et cela concerne en particulier les fournisseurs de contenus pour les services IPTV (diffusion de programmes télévisés, services de vidéo à la demande, notamment).

2.12 - A quelle échéance pensez-vous être concerné par la pénurie d’adresses IPv6 ?

Nous avons déjà pris la mesure de cette pénurie et jalonnons l’ensemble de nos projets, dans l’optique d’une migration vers IPv6, en fonction de la quantification de la pénurie IPv4 et des projections des parcs de nos clients, par exemple. Chaque service ou infrastructure possède son calendrier propre.

2.13 - Disposez-vous d’un préfixe IPv6, si oui de quelle taille ?

Le groupe a obtenu l’attribution d’un bloc de taille /19 et d’un bloc /21 dans la région RIPE-NCC (Europe et Russie) et de quelques blocs de taille /32 dans nos autres filiales.

2.14 - A quand remonte votre dernière demande de bloc d’adresses IPv4 ? Quand estimez-vous faire une nouvelle demande ?

Notre dernière demande date de cet été. On n’exclut pas une autre demande en fonction de nos besoins.

2.15 – A votre avis, IPv6 peut-il apporter davantage de sécurité aux échanges ? Sous quelles réserves ?
La suite protocolaire IPv6 présente en effet certains avantages en matière de sécurité. C’est le cas du protocole ICMPv6 (Internet Control Message Protocol, version 6) qui intègre des fonctions capables de générer de manière cryptographique des adresses IPv6 ainsi que des garanties fortes quant à l’identité des voisins IPv6 avec lesquels un terminal IPv6 est susceptible de communiquer (fonctions SEND (Secure Neighbor Discovery) et CGA (Cryptographically Generated Addresses). Mais la mise en place de ces fonctions introduit évidemment une complexité supplémentaire, liée notamment au processus de gestion (dynamique) des clés utilisées pour générer les adresses. En outre, le protocole IPv6 se caractérise par un en-tête simplifié, de telle sorte que des fonctions avancées (telles que des fonctions d’ingénierie de trafic ou de sécurité) font l’objet d’en-têtes optionnels, qui seront chaînés à l’en-tête IPv6 initial. Parmi ces en-têtes, l’en-tête de sécurité reprend nativement les caractéristiques de la suite de protocoles IPsec (IP secure), qui permet notamment le chiffrement des données transmises sur le réseau. Là encore, l’utilisation de l’en-tête optionnel de sécurité suppose une ingénierie de réseau plus complexe, mais également que les équipements du réseau ont la capacité de traiter les informations contenues dans cet en-tête, ce qui n’est pas forcément le cas de toutes les technologies de routeurs IPv6 aujourd’hui disponibles.

2.16 - Avez-vous d’autres remarques à formuler au sujet du déploiement de l’IPv6 en France ?
Comme dans d’autres pays (tels que le Japon), les autorités gouvernementales devraient jouer un rôle moteur dans la promotion et le déploiement d’IPv6. IPv6 est en effet la pierre angulaire du déploiement massif de l’économie numérique, et les collectivités devraient à ce titre être mobilisées et montrer l’exemple : c’est le cas pour certaines d’entre elles (par exemple le Conseil Général des Pays de Loire), mais l’effort devrait être systématiquement encouragé. Le "groupe G6" (http://www.g6.asso.fr/ ) est à ce titre une communauté d’académiques, d’exploitants et d’industriels qui a pour mission de promouvoir l’utilisation de IPv6, mais ses moyens restent encore très limités.

III – Nos commentaires

Voila ! Il suffisait de poser les questions pour obtenir toutes les informations relatives à l’IPv6 français ! Les réponses sont présentées de façon claire et avec pédagogie. Rendons hommage aux rédacteurs. Pour ce qui nous concerne, quelques points sont à retenir. Par exemple :
En 2.1, France Télécom-Orange semble confirmer que nos politiques en sont restés à une déclaration d’intention, sans s’assurer comment l’intendance suivrait. La second phrase de la réponse laisse planer un doute. "Les Ministères devraient…". S’agit-il d’une injonction ou d’une supposition ? Sont-ils en route ou vont-ils se mettre en route (ou devraient-ils se décider à se mettre en route) ? Des compléments viendront sans doute agrémenter notre prochaine Gazette !
En 2.3 et 2.4, apparaissent les détails des actions de l’exploitant de réseau. On peut supposer qu’il n’y a pas eu de concertation entre les autres acteurs majeurs du marché français (exploitants de réseau, FAI, rédacteurs de logiciels et distributeurs, etc.). Ce n’est qu’une supposition gratuite qui pourrait être démentie au besoin par un Ministère aussi dynamique que discret, par exemple !
2.6 – L’absence de réponse sur le point du financement n’est pas une surprise, car c’est un point sensible. Dans un communiqué de presse, le gouvernement américain a parlé de 75 milliards de dollars en dix ans pour son propre territoire. Nous ne ferons pas une fixation sur le montant possible pour le réseau français, mais sur la façon dont les institutions (dont celles de Bruxelles) pourraient réagir à ce propos. Qui va payer et comment ? Un montant aussi important est-il constitué majoritairement de main d’œuvre qualifiée ou d’équipements ? Quand l’Inde annonce qu’elle met sur le pont 350 000 techniciens en deux ans, on se pose la question d’une possible erreur de transcription ou d’interprétation, laquelle a été démentie d’emblée par notre informateur. Les béotiens que nous sommes comprennent bien qu’il y a à ce propos un petit ou un gros problème. Qui nous aidera à l’éclaircir ?
2.7 – Saluons la qualité de la rédaction, car si le sujet est délicat, la réponse est énoncée avec franchise. Car le risque n’est pas masqué : "Il existe aujourd’hui un certain nombre d’applications qui ne sont pas encore capables de fonctionner sur une pile IPv6". Bien ! Et les réponses aux questions éventuelles figurent en ligne. Merci pour cette précision non ambiguë !
Les autres réponses concernent les aspects de la technologie elle-même. Elles sont claires et leur contenu est utile. Il est normal que France Télécom-Orange, fidèle à sa tradition, veille à la bonne gestion de son réseau et à la satisfaction de sa clientèle. Il semble également que l’association G6 porte sur ses épaules une responsabilité qui n’est pas la sienne. On n’accomplit pas une tâche sans moyen adapté ! L’Etat n’a pas joué probablement le rôle qui aurait du être le sien et nous trouvons ici la justification du mot "impéritie", employé dans un de nos textes précédents. Mais de nouvelles questions apparaissent. Il resterait, pour conclure, à essayer d’anticiper la qualité de fonctionnement des prochains Smartphones dans des réseaux complexes, mi-IPv4, mi-IPv6 et non harmonisés. Les hauts débits seront-ils ralentis dans les échanges en 2011 et 2012 ? Qui en prendra la responsabilité ? Le créateur des nouvelles applications ? Le concepteur des terminaux mobiles nouveaux ? Les exploitants de réseau ? Ou tout simplement "encore le G6" ?

Maintenant que le débat est ouvert grâce à France Télécom-Orange (merci encore !), nous espérons recevoir bientôt d’autres contributions à l’évolution de ce passionnant dossier. La prochaine "Gazette de l’IPv6" ne manquera pas de transmettre à tous ses fidèles abonnés les compléments et les correctifs à apporter à cette vision d’aujourd’hui. A très bientôt !


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