Qui, en France et ailleurs, est chargé de la promotion du protocole IPv6 ? Que signifient les sigles : TF Europe, G6 et TFF ? Et en quoi sommes nous concernés ? Où en est IPv6 dans le monde ? Essayons ici de répondre à ces questions nouvelles grâce à la TFF !
Le protocole IPv6
IPv6 (Internet Protocol version 6) est le successeur du protocole IPv4, qui forme encore actuellement la base de l’adressage sur l’Internet. A l’heure actuelle, il faut savoir que plus de 70% des adresses IPv4 ont déjà été attribuées (70% pour l’Amérique, 18% pour l’Europe et 12% pour l’Asie) et que les limitations inhérentes au protocole IPv4 incitent tous les Etats à adopter le nouveau protocole IPv6. En raison d’une pénurie prochaine, mais également pour résoudre quelques-uns des problèmes révélés par l’utilisation à vaste échelle de l’adressage IPv4, la transition vers IPv6 a commencé en 1995. Parmi les nouveautés annoncées sur la Toile, liées à IPv6, il faut citer :
• l’augmentation de 232 (soit environ 4 × 109) à 2128 (soit environ 3,4 × 1038) du nombre d’adresses disponibles ;
• des mécanismes de configuration et de renumérotation automatique ;
• IPsec, QoS et le multicast seront incorporés dès l’origine ;
• la simplification des en-têtes de paquets, ce qui facilitera notamment le routage.
La TFF et le G6
Créée à l’origine par Patrick Cocquet, suite au démarrage de "l’IPv6 Task Force Europe", qui avait été souhaitée par la Commission européenne, l’IPv6 Task Force France (ou TFF) a pour objectif de regrouper les différents acteurs de la Société de l’Information française en vue de sensibiliser et d’aider au déploiement d’IPv6 en France. La TFF est actuellement un sous-ensemble du "G6", (www.G6.asso.fr), association loi 1901 traitant des aspects techniques d’IPv6. Ce regroupement a pour but de créer des synergies et d’agir d’une seule voix, car le dossier est devenu urgent pour notre pays. La TFF est donc maintenant une cellule placée sous l’égide du G6. Elle dispose de son propre comité de pilotage. La participation à la TFF et au G6 est gratuite et ouverte à tous, la participation au Comité de pilotage de la TFF et l’accès aux documents de travail étant réservés aux seuls membres cotisants du G6.
Le déploiement d’IPv6
Le déploiement d’IPv6 constitue un enjeu majeur pour l’Europe et pour la France dont la portée est à la fois d’ordre technique, économique et sociétal. Technique, car il s’agit de faire évoluer l’architecture de réseaux IP en service et d’étendre leurs capacités pour prendre en compte des millions d’utilisateurs et davantage encore de "machines" communicantes. Economique, car cette évolution de l’Internet est un facteur de développement considérable pour de nombreux secteurs industriels et pour le secteur des services. Sociétal, car les nouvelles capacités de l’Internet auront, à travers diverses applications, une influence directe sur notre vie quotidienne.
Réussir le déploiement des technologies IPv6, c´est aujourd’hui développer les offres de services Internet IPv6 et concevoir des applications pouvant tirer parti des capacités de cette nouvelle version de l´Internet. IPv6 doit en effet créer de nouvelles richesses au travers de nouvelles applications dans de très nombreux domaines : transport, industrie, loisirs, santé, sécurité, etc.
Les principaux objectifs de la TFF
• Réaliser un état de l’art d’IPv6 en France
• Identifier les secteurs pour lesquels IPv6 va être porteur de développements (Industrie, transports, santé, éducation, loisirs, etc.) et communiquer sur les offres de produits et de services IPv6 existants ;
• Travailler le calendrier de déploiement 2007-2010
• Favoriser l’émergence de nouvelles offres de produits et services IPv6
• Alerter les décisionnaires politiques et industriels de la nécessité d’utiliser IPv6 afin de préparer les utilisateurs, les éditeurs de logiciels, les exploitants de réseau et les donneurs d’ordre à établir des plans de migration d’IPv4 à IPv6, d’en établir les coûts, et de créer de la valeur ajoutée sur cette nouvelle technologie.
La situation d’IPv6 en France
• A compter de 2009, ou au plus tard en 2013 (mais probablement dès 2010), les RIR (Registre Internet Régional) qui gèrent les ressources d’adressage dans leur région, ne pourront plus obtenir de blocs d’adresses en IPv4 auprès de l’IANA (Internet Assigned Numbers Authority), car il n’y en aura plus de disponibles. Cela empêchera de nouveaux acteurs d’entrer sur le marché et le développement de nouveaux usages consommateurs d’adresses publiques en grand nombre. Nous serons donc en présence de freins importants à la concurrence et à l’innovation.
• La France, par l’activité de ses universités, a pourtant été très présente sur les aspects d’IPv6. Par exemple, IPv6 est déployé dans le cœur du réseau académique (RENATER). En outre, l’AFNIC, qui est le centre d’information et de gestion des noms de domaine internet en .fr (France) et .re (Île de la Réunion), a été parmi les trois premiers registres de l’univers IP au monde à avoir adopté et déployé IPv6 complètement dans son système en production, dès 2003, ce qui a permis aux noms de domaines sous .fr et .re de devenir visibles également en IPv6. Cependant, côté français, les industriels, les exploitants, les fournisseurs de service et les éditeurs de logiciel ont très peu réagi à ces actions novatrices.
• Le passage à IPv6 engendre des coûts relatifs à la mise à hauteur et une formation qui sont indispensables. Après la transition, IPv6 devrait entraîner des baisses de coût, pour les FAI, IPv6 revenant moins cher de 30 à 35 % par rapport à IPv4. Il faut considérer que le non passage à IPv6 engendra des pertes de marché irréversibles et il convient donc de s’assurer d’être prêt avant le jour J, tout comme l’ont déjà fait le Japon, la Corée et la Chine. Les premiers hébergeurs et fournisseurs d’accès français qui offrent un service IPv6 sont aujourd’hui Nerim, Free, et OVH.
Camp IPv6 – Rennes, du 30 Juin au 4 Juillet 2008
Fin juin, début juillet, le G6 et la TFF ont organisé dans les locaux de Télécom Bretagne un séminaire sur la technologie IPv6, suivi de démonstrations d’utilisation, un Atelier avec TFF et un échange d’idées relatif à la formation, etc.
Après les présentations magistrales, plusieurs interventions ont éclairé plusieurs points relatifs aux protocoles associés à IPv6, au cas des ISP, aux réseaux, à la sécurité dans la recherche de voisinage, à la nécessité de mettre en place un réseau d’essais, de certification et d’un label (Irisa), etc. Plusieurs intervenants, dont Thierry Ernst, de l’INRIA, Mohsen Souissi, de l’ARIM, Fabricio Sestini, de la Commission européenne, etc. ont présenté les raisons qui militent pour le passage le plus rapide possible de l’IPv4 vers IPv6. Patrice Guivarch, du Celar, a souligné l’intérêt des militaires pour IPv6, lesquels ont déjà commencé à se familiariser avec ce protocole qui leur apporte beaucoup (mais nous resterons discrets sur ce point !).
IPv6 à travers le monde aujourd’hui
L’état global par pays des distributions des adresses par pays peut être trouvé à l’adresse : [www.sixxs.net/tools/grh/dfp/]
Europe - Le point des différentes "Task Force" nationales européennes qui œuvrent à la mise en place de IPv6, a été esquissé par Mohsen Souissi. La situation des pays de l’Europe de l’Ouest est dans l’ensemble assez comparable à celle de la France, avec cependant une expertise plus présente en France et un niveau de déploiement plus présent en Allemagne.
La région RIPE (Réseaux IP Européens est un registre régional d’adresses IP, qui dessert l’Europe et le Moyen-Orient) dispose aujourd’hui de la moitié des allocations IPv6 dans le monde. La Commission européenne est impliquée de longue date dans le financement de projets R&D liés à IPv6 (GÉANS, 6Net, Euro6IX, 6DISS, 6INIT, 6DEPLOT, etc.) et également fortement impliquée dans les plans de communication relatifs au plan d’actions à l’horizon de 2010. Elle estime qu’il faudrait obtenir 25 % de taux de pénétration pour IPv6 à cette date. Dans ce but, elle incite les États membres à faire figurer la compatibilité IPv6 dans les appels d’offres relatifs aux marchés publics.
[http://ec.europa.eu/information_society/policy/ipv6/events/index_en.htm]
Japon – Le Japon possède une maîtrise technique et technologique évidente. Il participe activement aux travaux internationaux (IETF). Poussés par le gouvernement, les industriels et le monde académique sont très fortement impliqués dans le projet IPv6. On note une forte diversité de l’offre de services (connectivité & hébergement) ainsi que des produits matériels et logiciels "IPv6-ready", par exemple pour le trafic automobile, les réseaux de capteurs (détection de séismes), etc. Voir "IPv6 Promotion Council" : [www.v6pc.jp/en/index.phtml]
Etats-Unis – Comme le Japon, les Etats-Unis possèdent une solide maîtrise technique et technologique et participent activement aux travaux internationaux (IETF), fortement soutenus par le Gouvernement fédéral depuis 2003. Le monde académique est très fortement impliqué dans IPv6 (Internet 2, Moonv6). La majorité des équipementiers réseau, des éditeurs de logiciel et des fournisseurs de contenu sont américains. On note également une forte diversité de l’offre de services (connectivité & hébergement).
[www.defenselink.mil/transcripts/2003/tr20030613-0274.html]
[www.whitehouse.gov/omb/memoranda/fy2005/m05-22.pdf]
Corée du Sud – La Corée, fortement soutenue par son gouvernement, possède la maîtrise technique et technologique en IPv6. Elle dispose d’une bonne diversité de l’offre de services (connectivité & hébergement) et de produits matériels et logiciels "IPv6-ready". Elle a développé plusieurs projets R&D nationaux : KOREN, KOREAv6, 6NGIX, et vise 10 millions d’utilisateurs en 2010.
Chine - Elle dispose d’une bonne maîtrise technique et elle est fortement soutenue par son monde académique (CNGI, CERNET). Les intérêts vont d’abord à la VoIP, aux services mobiles 3G, à l’HDTV, à la visioconférence, etc. La Chine vise10 millions d’utilisateurs en 2010 et des offres commerciales généralisées en 2013.
Australie – Poussé par le gouvernement, l’Australie a conçu un plan de migration entre 2008 et 2015, avec l’aide de l’ AGIMO (Australian Government Information Management Office) :
[www.agimo.gov.au/infrastructure/ipv6]
Afrique - Le dossier est pris en mains par l’AfriNIC (portail, formations) et l’AfTLD
L’Afrique du Sud, le Kenya (points d’échange IPv6) et l’Égypte sont leaders. Mais l’aspect de la connectivité internationale n’est pas encore abordé.
Plateforme Anémone
La démonstration avec la plateforme mobile d’Anémone (objet d’un contrat IST européen, FP6) portait sur un mobile en mouvement et soulignait les avantages de la gestion de la mobilité d’un sous réseau mobile par le protocole NEMO (Network Mobility), lequel maintient les sessions entre systèmes de transport et Internet. Les possibilités du multihoming permises par IPv6 ont été soulignées concrètement, grâce à un routeur mobile intégrant plusieurs technologies d’accès, telles que Wi-Fi et la 3G, par exemple. Les outils disponibles étaient embarqués dans un véhicule C3 équipé par LARA. [http://www.ist-anemone.eu] et [www.lara.prd.fr/en/]
Informations sur la TFF : [www.g6.asso.fr]
Contacts : Thierry Ernst, INRIA Rocquencourt, Domaine de Voluceau, BP 105, 78 153 Le Chesnay Cedex. Tel 01 39 63 59 30 - info@fr.ipv6tf.org
Séminaire à l’UIT-T prévu les 4 et 5 Septembre 2008 à Genève [tsbworkshops@itu.int] – [htwww.itu.int/ITU-T/worksem/ipv6/200809/index.html]
Ouvrage : "IPv6 : Théorie et Pratique" O’Reilly Ed., Novembre 2005, 4° Edition
Consultable en ligne [http://livre.g6.asso.fr/index.php/Accueil]
Salon INTERNET WORLD , Du 24 au 26 Avril 2012 à Londres, INTERNET WORLD : l’évènement ... [suite]
Séminaire IPv6, Le 11 Avril 2012, à Telecom ParisTech., Le G6 organise un séminaire ... [suite]