Le développement de la future radio numérique rencontre des difficultés au Royaume-Uni et en France. En matière de télévision, les industriels sont pressés de montrer les performances obtenues dans leurs laboratoires. Mais le marché ne pourra pas absorber toutes ces créations ! Dans la jungle de l’audiovisuel, qui coordonne tous ces talents, tous ces projets de normes et tous ces crédits de recherche et de développement ? Ne va-t-on pas un peu trop vite dans les offres proposées ?
Les problèmes de la radio numérique
Trois normes européennes coexistent en matière de radiodiffusion numérique : le DAB, le DABPlus et le DMB. "L’harmonisation" (mais que peut-on bien vouloir dire à ce sujet ?) porte sur les profils d’emploi. Le SRR (Standard Radio Receiver) se rapporte au bas de gamme, le RMRR (Rich Media Radio Receiver) apporte la couleur sur les écrans, avec du texte, du son et des images et enfin le MR (Multimedia Receiver) a trait à la mobilité des terminaux. Les industriels n’ont pas perdu de temps face à la lenteur de la réglementation, mais "rien ne sert de courir" (…) !
En Angleterre, les radios doivent quitter la technologie analogique FM pour adopter le numérique DAB avant la fin de 2015. Mais le vent de la contestation a fait remarquer que cette opération allait jeter à la poubelle de l’histoire 130 millions de récepteurs et nécessitait l’achat de 120 à 700 nouveaux émetteurs. Quant à l’espace rare des fréquences concernées (la bande FM), il ne rapporterait pas une seule livre car il serait offert gracieusement aux petites stations locales.
En France, après les attributions de fréquences et des autorisations relatives à la radio numérique terrestre délivrées par le CSA, le syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (Sirti) a déposé un recours devant le Conseil d’Etat. Le syndicat, qui porte les revendications de trois stations, Evasion, Radio Maritima et Only Raï, souhaite obtenir une fréquence numérique pour celles-ci et demande un report du lancement de la radio numérique terrestre (RNT) en France prévu pour la fin de l’année à Paris, Nice et Marseille. Pour justifier sa demande, le syndicat milite pour la diffusion numérique en DVB-T 2, norme proche de celle de la TNT (en remplacement de la norme T-DMB, qu’il ne remet pas en cause). Les radios, telles que NRJ, RMC et BFM, soutiennent cette technologie. Le groupe NextRadioTV, propriétaire de RMC et BFM, avait demandé l’annulation de la procédure du CSA et présenté deux nouveaux dossiers de candidature. NextRadioTV critiquait surtout les changements survenus lors de l’appel à candidatures. L’attribution des fréquences n’a porté en réalité que sur trois zones (celles de Paris, Marseille et Nice), favorisant surtout les stations dominantes.
Le dynamisme du marché des téléviseurs
Les écrans plats LCD des téléviseurs ont joué un rôle décisif dans le développement de l’électronique mondiale en 2008 et 2009. En France, 6,5 millions de téléviseurs seront probablement commercialisés en 2009. Sur le plan mondial, la Corée du sud est leader avec Samsung et LG Electronics (respectivement 18,5 et 11,5 % des ventes), suivis du Japon (Sharp 9,6 % et Sony avec 9,1 %), l’européen Philips n’assurant que 6,5 % des ventes mondiales. La technologie Led remplace avantageusement le rétroéclairage des écrans LCD à lampes fluorescentes et d’autre part les LCD-TFT réduisent leur consommation électrique à un watt par pouce. Et bientôt la télévision en trois dimensions (3D) devrait apparaître sur le marché. Une dynamique surprenante en période de crise !
Vers une nouvelle télévision mobile personnelle
L’alliance GSM regroupant huit cents exploitants de réseaux de communication mobile vient d’adopter la norme IMB (Integrated Mobile Broadcast), rédigée par le 3GPP pour la diffusion de services multimédias et de télévision vers les terminaux de poche (édition 8 relative aux normes 3G de l’UMTS). Ce système est adapté à l’exploitation TDD (Time Division Duplex) dans les bandes "non appairées" des fréquences du spectre 3G. L’adoption sur le plan pratique de l’IMB rendrait caduque la norme DVB-H prônée par Bruxelles.
Télévision sur IP en ADSL
La France est encore leader mondial en télévision sur IP sur DSL avec 5 millions d’abonnés (détenus par Orange, free, Neuf Cegetel et Alice). L’Europe totalise 7 millions, les Etats-Unis 1,3 million (Verizon et AT&T) et l’Asie 3,3 millions.
Télévision sur mobile
Orange et TF1 Vidéo annoncent la signature d’un accord portant sur l’exploitation de contenus de TF1 VISION, le service de vidéo à la demande du Groupe TF1, sur la plateforme VoD d’Orange, "24/24 vidéo". D’ici la fin de l’année, "24/24 vidéo" proposera aux abonnés du service télévisuel d’Orange ainsi qu’à tous les internautes une sélection de contenus premium de TF1 Vision incluant une grande variété de programmes. Les vidéos seront disponibles en location, et peuvent être regardées autant de fois que le souhaite le client pendant 24 heures. [www.orange-ftgroup.com]
Les diffusions télévisuelles de France Télécom et de Canal Plus se font concurrence. L’ADSL confère une place importante à France Télécom. Mais les programmes proposés par France Télécom, malgré un coûteux contrat ("Orange Foot") et leur diffusion multiple sur le satellite, l’Adsl et les mobiles, n’ont pas l’attrait de ceux de Canal Plus. Il faudrait plus de 3 millions de clients fidèles à Orange pour rentabiliser ses investissements. Il faudrait qu’Orange augmente le nombre de ses clients ADSL de 10 % ou qu’il gagne 7 euros de plus par client et par mois, ce qui est improbable. Canal Plus et Orange sont condamnés à s’entendre ou à s’étouffer mutuellement.
TMP et IPTV
Les exploitants de réseau ne gagnent que 5 euros par mois sur l’ARPU dans les services de télévision mobile personnelle et IPTV. Pourtant, les premiers frais de déploiement de livraison des contenus sont importants. Il faut acquérir les droits, agréger les programmes, sécuriser le réseau et assurer la livraison avec la QoS nécessaire. Près de 92 millions d’euros de droits de diffusion ont été acquis par un exploitant européen qui ne dispose encore que de 80 000 abonnés. D’autres, comme Telefonica (554 000 abonnés) ou Orange (plus ?) disposent d’un parc d’abonnés en IPTV plus important, mais chacun de ces acteurs n’attend pas de bénéfices avant en 2010 ou 2012. On note également que 40 % des téléspectateurs européens se contentent de programmes télévisuels qu’ils reçoivent gratuitement. Si la IP TV n’est pas rentable, ce sont les services adjacents qui le sont. A 5 ou 10 euros par mois (ou 200 euros par an, pour Belgacom), le budget peut être équilibré. Belgacom (350 000 abonnés) partage les 16 euros mensuels reçus en ARPU en 10 euros pour le paiement des droits du foot et 6 euros pour l’infrastructure. Il n’y a donc pas de profit intrinsèque. BSkyB (9 millions d’abonnés) dépense 180 livres par abonné pour le contenu, pour un ARPU de 427 livres. Il existe heureusement pour les exploitants des sources de contenu de seconde main qui sont moins onéreuses. Mais que va donc décider le marché ?
La télévision 3D
Pour relancer le marché de la télévision, Sony et Panasonic envisagent lancer la télévision en relief (appelée "télévision en trois dimensions") dès 2010. Tous les équipements de la chaîne de production, ceux de la distribution, de l’affichage (sur écran plasma) et de l’enregistrement sont concernés, y compris l’enregistrement en BluRay et les consoles de jeu. Mais, il existe une forte réserve, car aucune norme officielle n’est encore disponible. Faudra t-il disposer de lunettes pour passer de la HD à la 3D ? Le dernier salon IFA 2009 qui vient de se tenir à Berlin a montré quelques éléments de cette avancée technique qui ne semble pas encore tout à fait convaincante.
La télévision numérique interactive (HbbTV) et sécurisée (DVB-CI)
Soudain, le lancement de services interactifs HbbTV (Hybrid Broadcast Broadband TV) est prévu pour la fin 2010. Il devrait concerner, après quelques expérimentations, les TNT françaises et allemandes. La décision soudaine surprend quand même, car la norme n’est pas encore finalisée à l’ETSI et l’intérêt unanime des acteurs français est très récent. La future norme HbbTV est censée harmoniser la diffusion de programmes, d’actualités et d’informations sur les récepteurs télévisuels équipés d’une connexion Internet interactive (décodeurs télévisuels pour le câble, le satellite ou la réception terrestre, ou téléviseurs avec décodeurs TNT intégrés).
D’autre part, la revue Electronique Internationale annonce le sortie d’une norme propriétaire, (ou de facto), le DVB-CI, pour "Common Interface", susceptible de permettre le contrôle des contenus sans copie illicite dans tous les récepteurs de télévision. Selon cette revue, l’interface DVB-CI astreint les flux numériques à traverser en clair l’interface physique PCMIA de la carte de contrôle PCMCIA avant d’entrer dans le décodeur ou le téléviseur. Le DVB-CI constitue un exemple de norme acceptée dans la pratique par des groupes d’industriels pressés de passer à la mise en œuvre commerciale sans attendre l’obtention du consensus international. Un exemple mainte fois observé en audiovisuel qui conduit à frustrer l’utilisateur, perdu dans le maniement complexe de télécommandes inefficaces ou incompatibles. Mais la crise impose des décisions rapides, pour sauver les entreprises, dit-on ! Pauvre consommateur !
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