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27 novembre 2010 - Magazine
L’Atelier, organisé en commun par l’Union européenne de radio-télévision (UER) et l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), les 23 et 24 Novembre 2010 à Genève, était dédié aux mesures propres à faciliter l’accessibilité des handicapés aux services et applications multimédia diffusées. La situation actuelle et les vues d’avenir ont été évoquées à la fois par des experts techniques des réseaux, des industriels, ainsi que par des représentants d’organisations mondiales des sourds et des aveugles.

Cadre général

Cet Atelier fait suite aux deux Ateliers tenus récemment, l’un dédié à l’accessibilité, tenu en coopération avec l’UIT, l’ISO et la CEI au début de ce mois de Novembre à Genève, l’autre qui a eu lieu au début de 2010 entre l’UIT et l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (WIPO) sur le thème de l’Accessibilité à l’Internet. La Convention des Nations Unies relative aux personnes handicapées est entrée en vigueur le 3 Mai 2008. Comme le stipule l’Article 1 de cette Convention, celle-ci a pour objectif de promouvoir, de protéger et d’assurer un équilibre total et complet des droits humains et des libertés fondamentales à toutes les personnes affectées par un handicap et de promouvoir le respect inhérent à leur dignité. On entend par personne handicapée toute personne qui souffre d’une affection à long terme sur le plan physique, mental, intellectuel, ou sensoriel et pour qui des barrières variées pourraient faire obstacle à la participation effective de cette personne à la vie sociale.

Objectifs de cet Atelier

La mission dévolue à cette réunion internationale a consisté à étudier comment les personnes ayant des difficultés d’audition ou de vision, de même qu’un certain nombre de personnes âgées, pouvaient tirer bénéfice, tout comme le font les personnes non handicapées, des services de diffusion de télévision, de radio ou encore d’applications multimédia fournies par la Toile. Dans le cadre du projet européen intitulé, "DTV4All", cet Atelier a reçu le concours d’intervenants venant du monde des diffuseurs de programmes ou de l’IPTV (télévision sur protocole IP), de l’industrie et des associations d’utilisateurs. Il est évident que toute mesure propre à aider les handicapés rendra service à d’autres personnes moins handicapées. De même, les agencements techniques positifs effectués dans la diffusion des applications multimédia seront appréciés par les populations étrangères, à la fois pour celles des pays en développement, comme pour celles qui se trouvent en situation de transit provisoire.

La diffusion télévisuelle en Europe

L’Europe des 27 constitue, dans le domaine de la télévision, le troisième marché mondial, après la Chine et l’Inde. David Hood, Président du groupe de travail 6C de l’UIT-R et représentant de l’EBU, a rappelé que sur les 140 diffuseurs exerçant leur activité dans le monde, l’EBU en abritait 80 qui étaient à l’origine des 8 000 programmes actuellement commercialisés, visionnés par près de 500 millions de téléspectateurs. Cette audience compte environ 15 % de personnes diversement affectées par des insuffisances visuelles ou auditives, soit entre 65 et 75 millions de personnes. Grâce aux financements apportés par les annonceurs publicitaires, une partie de ces diffusions est agrémentée de sous titrages, de traduction en langue nationale des signes ou de systèmes d’ajustement de la vitesse d’élocution.
Katarynska Baluska-Debska, chargée du projet "Accessibility of Digital TV ICT for Inclusion" à la Commission européenne, a rappelé que fort heureusement, les réseaux européens de télévision quittaient la technologie analogique pour embrasser celle du numérique, ce qui sera accompli totalement en 2012. La télévision numérique permet en effet, quel que soit son support de diffusion, d’ouvrir des applications nouvelles, dont certaines, ont été conçues pour répondre aux demandes des personnes handicapées. Le vieillissement annoncé de la population européenne (103 millions de personnes de plus de 60 ans en 2050, soit une augmentation supérieure à 60 %, par rapport à l’année 2000) nécessite d’être pris en compte par les législateurs, les industriels, les entités de réglementation et les diffuseurs eux-mêmes. Ceci est d’ailleurs rappelé par l’Article 7 de la Directive européenne relative aux services audiovisuels.

Les grandes dates des techniques mises en place pour les malentendants

Vers 1950, utilisation de la langue anglaise des signes à la BBC.
1973 – ouverture de la technique du "captioning" aux Etats-Unis.
1974 - ouverture du service "Téletext" au Royaume –Uni, puis en Europe.
2006 - Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées (Art. 9 et 21).
2008 - Déclaration du Parlement européen sur la nécessité de mettre en place le sous titrage sur tous les programmes du service public en Europe.
2010 - "21st Century Communication and Video Accessibility Act" (Etats-Unis), relative au “service de captioning”.

Systèmes associables à la diffusion multimédia

Le sous titrage (Subtittle, ou SDH, Subtittles for the Deaf and Hard of Hearing) convient aux déficients auditifs et aux personnes ayant des difficultés à comprendre la langue. Il est très apprécié par les travailleurs migrants. Le sous titrage peut être obtenu par "captioning" (voir ci-dessous), par seconde lecture à voix haute, par sténotypie, par reconnaissance vocale, etc.
La lecture orale des textes (ou "Text to speech", TTS) convient à la navigation, à la lecture des menus, aux informations relatives aux programmes et services apportés aux personnes qui ne peuvent pas lire (ou pour tous, au besoin).
Lecture des sous titres (Spoken subtitles) – Moyen automatisé pour assurer la transmission de l’information sous titrée à un mal voyant.
La langue des signes (LS ou Sign Language) suppose un apprentissage spécifique associé à la langue nationale. L’image de l’interprète apparaît sur l’écran, ce qui n’est jamais satisfaisant (image trop petite ou trop grande par rapport au fond d’images informationnelles). On distingue plusieurs formes, dont la langue des signes complétée, etc.
La lecture sur les lèvres (LRS, lips reading skill) est utilisée en association avec la LS ou pour la communication avec certains types de handicapés. Son débit dépend des intervenants.
L’audio-description (Audio Description, AD) est un service vocal associé à la transmission vidéo qui décrit de façon résumée l’action qui se déroule sur l’écran.
Relais de conversation (Captioning) - La reconnaissance de la parole est associée au travail de correction des assistants. Au rythme de 150 à 180 mots par minute, une efficacité de l’ordre de 90 à 95 % peut être atteinte. Plusieurs méthodes sont proposées et des études sont actuellement en cours pour améliorer ce système.
Le choix de systèmes dépend des pays, des diffuseurs, des types de handicaps, etc. (Voir : European Forum of Sign Language Interpreters, www.efsli.org)

Solutions proposées aux personnes handicapées

La langue des signes est souvent utilisée par les diffuseurs européens de programmes télévisuels. Quelquefois un canal spécial est mis en œuvre en multicast pour le sous titrage SDH, toutefois dans des proportions variables des émissions selon les pays (entre 1 à 14 % du temps). Le marché européen de l’accessibilité en diffusion télévisuelle est très fragmenté du fait des choix techniques et de facteurs culturels variés.
Nick Tanton, responsable du groupe d’étude sur le sous titrage au DVB / DTV et représentant de la BBC, a montré que le Royaume-Uni se plaçait largement en tête des pays dont les réseaux de diffusion apportent une aide importante aux handicapés. En effet, les programmes de la BBC sont sous titrés à 99,8 % du temps. L’audio-description (AD) est mise en place sur 13 % des émissions et le langage des signes n’est employé que sur 5 % de la production. D’autre part, le Royaume-Uni a mis également en place une aide permanente adaptée aux seniors afin de leur permettre de réussir leur manipulation lorsqu’ils prennent possession des équipements de télévision numérique.
Dans leurs domaines respectifs, l’ETSI, l’ICE et l’UIT-T ont rédigé des normes sur les applications relatives aux services d’accessibilité.

Le projet européen "DTV4All"

Ce projet européen de R&D (2010-2012) est conçu pour faciliter la fourniture de services d’accès à la télévision numérique dans toute l’Europe pour toutes les personnes handicapées sur le plan de l’audition ou de la vision. L’adaptateur numérique (set-top box, STB) est censé être le pilier de base capable d’apporter une meilleure ergonomie dans les usages fonctionnels. Dans un premier temps, le STB ne disposera pas d’accès à l’Internet, alors que dans la seconde phase, un accès Internet à 1 ou 2 Mbit/s viendra compléter la diffusion télévisuelle numérique d’origine (TNT, satellite ou câble). La première phase vise en particulier à assurer un degré convenable de l’adoption des services d’accessibilité, la seconde proposera un enrichissement de ces derniers. La lise ci-dessous fournit un certain nombre d’exemples, dont la mise en place avant 2012 concernera plusieurs des 27 pays d’Europe.

Clean Audio – Le bruit de fond qui accompagne les séquences audiovisuelles est fortement atténué de façon à mettre en valeur les dialogues.
Réduction de la vitesse d’élocution afin de faciliter la compréhension, au risque d’allonger le temps d’écoute des bulletins d’informations.
Variations de sous titrages - Expérimentation en cours chez RBB de plusieurs types de sous titrages, en fonte de caractères, couleurs, en incrustation, etc. avec possibilité de sélectionner des profils de présentation et de navigation (conclusions attendues en 2011).
Sous titrages enrichis, lecture verbale des sous titres ou des choix de programmes (AD).
Réception sur un autre terminal mobile, grâce à des liens en 3G et vers Internet et un avatar interprète en langue des signes, le terminal pouvant être également utilisé pour la traduction en LSI dans d’autres lieux (Projet modulaire italien ATLAS présenté par la RAI – Automatic Translation into Sign language).
AD - Etude sur différents moyens de réaliser de l’AD et évaluation des critères de qualité.
www.psp-DTV4All.org

Le projet des industriels au sein du Consortium HbbTV

Le but de ce Consortium consiste à fédérer les industriels de la télévision au monde très fermé de l’Internet. Il s’agit d’obtenir à la fois une association de normes visant réaliser une télévision hybride à haut débit (Hybrid broadcast broadband TV, HbbTV) et une technologie commune de navigateur (browser) pour tous les équipements de télévision hybride et toute la gamme de connexions de diffusion à haut débit. Les normes de la télévision hybride HbbTV ont été publiées par l’ETSI en Juin 2010 sous la référence TS 102 796. Tous les acteurs concernés par la télévision hybride participent aux travaux de l’IEC et de l’ETSI, mais on remarque au passage que Apple et Google ne se sont pas inscrits au Consortium HbbTV.
www.hbbtv.com

Les études en cours chez NHK

NHK poursuit plusieurs voies de recherche sur le plan de l’amélioration de l’accessibilité, dont une (HybridCast), très proche de la seconde phase du projet "DVB4All", qui utiliserait le Cloud Computing en seconde voie d’accès afin d’assurer également des diffusions multilingues. NHK étudie par ailleurs un système de formation des enseignants en langue des signes japonaise à l’aide d’avatars. Dans ce domaine, la langue des signes japonaise (JLS) comprend 4 900 mots JLS qui conduisent à l’établissement d’un lexique de 86 600 mots japonais. Des conclusions sont attendues avant 2017.

JPG - 420.9 ko
Etude NHK


Il apparaît que les utilisateurs préfèrent la langue des signes japonaise au "captioning". Aussi, NHK étudie un nouveau système de "captioning" qui associera la reconnaissance vocale et une sténographie correctrice en mode automatique. NHK développe aussi une conversion adaptative de débit de parole (Speech Rate Conversion) qui réduit la vitesse d’élocution sans introduire de retard sensible à la durée de l’émission. Le taux d’usage de l’audio description diffusée devrait passer de 8 % en 2009 à 10 % en 2017.
www.nhk.or.jp/netclub

En conclusion

Les diverses instances de normalisation prennent en compte les besoins exprimées par les associations de handicapés. Les industriels et exploitants européens se penchent sur la préparation en deux phases d’une télévision numérique à haut débit plus ergonomique ouverte à tous les publics selon des profils en cours de définition, et à laquelle les ressources du Cloud Computing pourrait être associées. Le présent Atelier UIT / EBU transmettra le contenu de ses travaux au "Focus Group" chargé de l’accessibilité au sein de la Commission d’études 16 de l’UIT-T. Celle-ci décidera des modalités d’accueil des représentants des associations mondiales des handicapés en son sein afin qu’ils puissent participer à la rédaction des normes les concernant.

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