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DT 37 - "Images sonores" ou audiovisuel ?
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4 septembre 2007 - Dossiers
L’évolution des technologies conduit à substituer au terme "audiovisuel" l’expression "d’images sonores". Les applications apportées par les TIC soulignent en effet l’importance du visuel.

Les travaux de Daniel DESHAYS, Ingénieur du son, réalisateur sonore et enseignant à l’ENSATT et à l’Ecole nationale supérieure des Beaux Arts conduisent à réviser les idées reçues sur les sensations visuelles et sonores. Un rapide panorama des applications apportées récemment par les TIC souligne l’importance des critères d’acceptabilité des images sonores.

L’ingénieur du son regarde les images


Le terme "audiovisuel" s’explique par l’antériorité des techniques audio, préalablement aux techniques télévisuelles. Aujourd’hui, le rôle principal de l’image par rapport au son est reconnu et l’association de celle-ci au son justifie l’emploi de l’expression "images sonores".

En effet, parmi les cinq sens, l’audition et la vision nous renseignent sur notre environnement de façon complémentaire. L’oreille n’indique la direction des bruits et des sons qu’avec une précision de 7°, alors que le pouvoir séparateur de l’œil est plus précis. Les informations recueillies par l’œil et l’oreille, cependant, se combinent selon un processus complexe qui dépend de l’observateur et des scènes dans lesquelles il est placé. L’œil précise l’écoute et l’oreille intelligente localise des détails que l’œil ne voit pas. Dans la vie courante, l’oreille peut trier les sons et peut effectuer une sélection (on parle "d’écoute désirante"). L’oreille est néanmoins ouverte aux événements subits, même au cours d’un travail absorbant. Tout en étant sélective, l’oreille sélectionne en même temps les émergences. La mémoire joue un grand rôle dans la reconnaissance des sons, et à l’exception du cas des jeunes enfants ou de phénomènes particuliers, la plupart des sons ont déjà été entendus.

Le cerveau analyse plus vite les données fournies par l’œil que celles fournies par l’oreille. L’écoute fait appel à la mémoire. Le sensationnel arrive au spectateur par l’image et le son apporte l’émotion (la chair) à l’image. Ainsi se justifie l’expression "d’images sonores". Le son parait secondaire, alors qu’il est essentiel au soutien de l’image et les deux sensations participent à l’interprétation du message.

La fabrication d’images sonores relève d’une alchimie difficile. Il n’existe pas de recettes toutes faites et seuls, l’intuition et l’art de l’ingénieur du son et le talent du metteur en scène sont en mesure de composer des images sonores qui parlent au cœur des spectateurs.

Films, vidéos et chuchotements


L’enregistrement audio/vidéo, bien entendu, n’aide pas le spectateur à observer selon son goût, mais il l’oblige à suivre la composition d’images sonores effectuée en commun par le metteur en scène et l’ingénieur du son. L’image sonore résulte du résultat de plusieurs opérations associées aux séquences visuelles : le mélange de la puissance des différents sons utilisés (prise de sons et mixage) et la synchronisation son/image. Il existe des films dans lesquels le son est capté sur le tournage directement (micro cravate) et d’autres pour lesquels le son est rajouté avant le montage du film. Si la force du commercial peut aller jusqu’à placer du son "5.1" derrière chaque fauteuil, il faut cependant éviter de surcharger l’oreille en puissance sonore, car cette saturation conduit à "aveugler" l’image sonore. L’ingénieur du son (et le metteur en scène) doit rendre audible les chuchotements de tendresse des acteurs et les restituer dans une gamme de puissance sonore adaptée aux possibilités acceptables par l’enceinte de l’écoute sans que le spectateur ait à retoucher sans cesse les réglages de son récepteur au cours de la restitution. Mais ce travail de l’ingénieur du son se place dans un cadre bien défini : celui du film destiné à être projeté dans des salles de spectacles ou de la vidéo reproduite sur support DVD au domicile du spectateur. Ce travail particulier de composition d’images sonores doit être pris en compte pour toutes les productions audiovisuelles, celles qui concernent les œuvres à caractère artistique, tout comme celles qui participent à l’information, à l’enseignement à distance, ou aux loisirs, etc. ou même (hélas) au séquences de publicité !

L’image sonore pour les concerts


La fabrication des images sonores dépend des champs musicaux utilisés. En musique classique, l’orchestre est dans la fosse et le soliste est mis en lumière. Le corps est gommé et pour aider l’écoute intelligente, des incrustations visuelles sont effectuées. La musique de jazz demande aux spectateurs de se rapprocher des interprètes. La musique de variétés exige une image propre avec une proximité vers l’instrument. Mais, la théorie est bouleversée par l’apparition du multimédia qui envahit nos vies et se présente à nos yeux sous différents formats et sur des terminaux différents. Très rapidement, examinons ce que devient l’image sonore dans différents contextes !

La télévision


L’image sonore télévisuelle est d’abord celle de l’information. Le journal télévisé est lu face au public, avec un son de niveau égal, les reportages coupant la lecture afin d’animer un peu (ou beaucoup) le rythme des séquences. Les journaux télévisés anglais et américains font un large usage de sous titres afin d’aider les malentendants ou de fixer des repères aux téléspectateurs pendant toute la durée du journal télévisé (élargissement de la notion d’accessibilité), un souci qui ne semble pas être d’actualité en France. Il est clair que l’intelligibilité de ce type d’émission demande la coordination de l’ingénieur du son et du metteur en page.

Pour une réception sur un ordinateur portable ou sur un terminal de téléphonie mobile, la réception du bulletin d’informations impose des séquences particulières et des dispositifs appropriés pour une bonne écoute. De plus, l’utilisateur peut disposer d’une possibilité de répétition des séquences en cas de mauvaises réceptions ou de distractions externes. Sur les portables, les pages de publicité peuvent être gommées, ou tout au moins allégées, afin d’économiser les ressources de la batterie et d’accorder le contenu à la mobilité de l’utilisateur. L’écoute de programmes télévisuels en mobilité suppose l’emploi d’une oreillette afin de ne pas gêner le voisinage et pour mieux capter le canal sonore. Dans ce cas, les réglages de la réception sonore doivent pouvoir s’adapter parfaitement dans toute la gamme des fréquences et des puissances transmises aux capacités de l’ensemble constitué par l’oreille et l’oreillette, ce qui ne semble pas facile à réaliser systématiquement pour tous les utilisateurs et pour tous les types de contenus d’images sonores.

Au théâtre ce soir !


Les retransmissions de pièces de théâtres ou de concerts semblent poser très peu de problème, sans doute parce qu’il s’agit de modèles bien identifiés et bien codifiés pour lesquels les canons de la composition d’images sonores peuvent être facilement observés pendant toute la durée du spectacle.

Les spectacles en vidéo


Les œuvres vidéo sont diffusées soit par le canal des programmes télévisuels, soit par commercialisation des enregistrements sur supports DVD. Dans les deux cas, il apparaît que même si les images sonores ont été composées avec l’aide d’ingénieurs du son qualifiés, il n’a pas été tenu compte des distorsions importantes qui peuvent apparaître en fonction du cadre de restitution. En particulier, les secondes écoutes des œuvres vidéo révèlent des détails, et souvent des imperfections, qui n’étaient pas apparues en première lecture. De ce point de vue, les enregistrements sur DVD sont impitoyables, en particulier pour tout ce qui concerne les œuvres enregistrées en direct (insuffisance du cadrage d’images pour les solos, surabondance des vues panoramiques sur le public, etc.), ce qui conduit à une certaine frustration et une lassitude du consommateur d’images sonores. Mais il existe des merveilles techniques. La technologie du DVD, même utilisée maladroitement quelquefois, constitue un support culturel indéniable, où l’image précise le jeu des artistes au cours de l’interprétation des œuvres théâtrales ou musicales.

Les images sonores du sport


Que serait le commerce de l’audiovisuel sans les images sportives et la publicité sonnante et trébuchante qui les accompagne ? Mais ces images ne valent que parce qu’un commentaire adapté les soutient ! Curieusement, chaque pays a son sport favori et les activités audiovisuelles soutiennent financièrement la création et le renouvellement des images sonores à la gloire de celui-ci. Le Royaume-Uni a son jeu de fléchettes, les Etats-Unis se passionnent pour le curieux football américain, alors que les Français suivent avec passion le Tour de France cycliste illustré chaque année par de merveilleux paysages. Ne parlons pas du foot ! Il semble qu’à l’instar des images sonores qui illustrent les différentes catégories de musiques, les activités sportives de chaque pays aient leurs propres règles de fabrication des images sonores, ceci afin de mieux insuffler l’émotion sportive, sans doute.

L’avantage apporté par le multimédia en flux continu


Parmi les nouveautés apportées par les TIC, faisons une place aux applications disponibles sur la Toile avec la diffusion en flux continu (streaming) de conférences, de musiques, de débats télévisuels, etc. Les sites de la Toile des diffuseurs de presse ou de télévision offrent pour la plupart d’entre eux une sélection de programmes en flux continu (Les Amphis de la Cinq, C dans l’air, Networks Webcasting, Webinars, etc.). A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, il est possible de visionner tout ou partie d’une émission ou d’une conférence récente sous réserve de profiter des largesses de ces diffuseurs dans un délai prédéterminé (en général un mois ou une semaine). Ces diffusions d’images sonores à la demande constituent un progrès pour tous ceux qui ont besoin de la confirmation d’une information. Cinq fois, dix fois, il est possible de refaire passer la séquence d’images sonores qui est au centre de nos préoccupations. Et ici, le découpage des images est annoncé par un plan ou un indice de durée, de sorte que la recherche et le repérage de la séquence cible sont facilités. La Toile et l’ordinateur viennent en complément de la diffusion télévisuelle, mais avec une ressource de moyens de recherche phénoménale. Bientôt la technologie permettra, sur tous les équipements commercialisés, la lecture du texte en sous-titrage en complément du son afin d’aider les malentendants.

Que penser des terminaux portables ?


Les technologies actuelles permettent de recevoir (et de transmettre) des fichiers audiovisuels sur des terminaux portables. La pression commerciale met aujourd’hui l’accent sur les nouveautés techniques, sans en pondérer les facteurs qui peuvent jouer sur la sensibilité des utilisateurs. Les ressources de ces technologies ne sont pas encore pleinement mises en valeur et il semblerait opportun que l’industrie oriente ses efforts vers ce que des études psychosociales seraient susceptibles de lui apporter sur le plan de la composition des images sonores. Mais où sont passés nos sociologues d’antan ?...

Pour conclure


Par ses travaux, Daniel Deshays souligne l’importance de l’image dans le message multimédia. Son étude peut être utilisée pour rappeler que de grands progrès demeurent à accomplir dans la gestion de ces techniques nouvelles afin de rendre plus sensibles, plus riches, ou simplement mieux acceptables, les messages que l’on veut transmettre à des correspondants ou à un public, eu égard à la vaste gamme de terminaux et de réseaux dont nous disposons.

Bibliographie : Daniel Deshays, "Pour une écriture du son" (Ed. Klincksieck, 2006) - "De l’écriture sonore" (Ed. EntreVue). Conférences à l’UTLS (France 5).


Mise à jour du 15 Mars 2007

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