Etre en mesure d’offrir aux aveugles et aux sourds un accès aux moyens de communication et à l’information à distance pouvait relever autrefois du miracle. Pourtant, les technologies offrent cette possibilité aujourd’hui, grâce à une normalisation bien comprise des systèmes terminaux et des interfaces de réseau.
La journée organisée par l’UIT-T à Genève, le 2 Novembre 2009, sur le thème des services réservés aux handicapés, a permis de mesurer l’écart qui subsiste encore entre le souhait formulé par les instances de réglementation dans ce domaine et les réalités du monde des handicapés.
Droit des personnes handicapées
Le droit à l’accès permanent à la communication et à l’information des handicapés est reconnu sur le plan juridique par la Convention des Nations Unies (Article 9). Cette Convention a été signée par 143 pays en Juin 2009 et adoptée par 71 d’entre eux. Elle établit les bases de l’accès aux TIC pour les handicapés (..."to ensure to persons with disabilities access, on an equal basis with others, to information and communications technologies and systems, ...both in urban and in rural areas”). Le Conseil de l’Union européenne a également adopté cette Convention le 26 Octobre 2009. Bill Pechey, rapporteur de la Question 26 de la Commission d’Etudes 16 de l’UIT-T, a rappelé que, compte tenu de la diversité et de la nature des handicaps, un ensemble de règles doit désormais être observé dans la rédaction des normes des différents systèmes d’échanges.
La mise en œuvre nationale ou régionale de services dédiés aux handicapés dépend principalement des entités politiques et du niveau de réglementation des Etats. Dans la pratique, le niveau de prix observé de ces services est en général très bas, du fait de subventions qui sont alimentées par une légère surtaxe prise sur le trafic usuel.
Déroulement de l’Atelier UIT dédié à l’Accessibilité
Les échanges en anglais entre les participants ont fait l’objet de traduction simultanée en langues des signes américaine, anglaise et française, avec affichage dactylographié de l’oralité sur un écran de la salle, la transmission s’effectuant dans les deux sens entre Genève et le Colorado, à travers Internet (selon le procédé CRTS – voir plus loin). Les présentations ont concerné plusieurs des aspects liés aux travaux de normalisation des services spécialisés pour handicapés, existants ou futurs. Les aperçus normatifs en cours de développement et les réalisations commerciales et techniques ont été présentés et discutés au cours de cet Atelier. Le lendemain, les experts et représentants des associations de handicapés ont formulé des propositions d’aménagement des systèmes actuels et futurs. Les personnes sourdes ou malentendantes ou à l’oralité déficience ont apprécié la manifestation organisée par l’UIT et ont formulé des propositions. Pour la troisième fois, les travaux de l’UIT-T se sont ouverts à des utilisateurs sourds profonds de plusieurs nationalités. Cette heureuse initiative a nécessité une organisation spécifique, en particulier sur le plan des traductions, qui nécessite encore des améliorations notables. Cependant, cette ouverture est prometteuse par ses conséquences possibles, sur le plan technique comme sur le plan humain.
Facteurs humains et normalisation
Faisant suite à la Rec. E.138 (Human factors aspects of public telephones to improve their usability for older people) rédigée en 2002 et modifiée en 2006, Ken Sagawa, de l’Institut japonais AIST et expert en perceptions sensorielles, a souligné l’importance des travaux actuels du groupe TC 159 de l’ISO, ainsi que l’existence des guides récents ISO/TR 22411 et ISO/CEI 71 rédigés à intention des développeurs de services aux handicapés. Sur le même plan, Mitsuji Matsumoto, professeur à l’Université Waseda de Tokyo, a dressé un tableau comparatif des contenus de l’Article 9 de la Convention, de la Recommandation F.790 de l’UIT-T (Relay Services) et des travaux de normalisation en cours sur ce thème au Japon.
Services de relais de conversation (RS)
Christopher Jones, pour la société "btinternet" et Maya de Wit, fondatrice de la société "CFSLI", ont décrit le service de relais de conversation CTRS (Captioned Telephone Relay Service). Le système CTRS utilise un dispositif de reconnaissance de la parole (Voice Recognition Engine) et il est piloté par des assistants (Captionning Assistants, assistants pour le sous titrage). Sous le nom de Webcaptel, ce service est utilisable en tout lieu, sur tout terminal numérique (ordinateur, téléphone portable, poste téléphonique simple ou adapté, etc.). Au rythme de 150 à 180 mots par minute, une efficacité de restitution de l’ordre de 90 à 95 % peut être atteinte. Les orateurs ont cependant mentionné les difficultés rencontrées parfois dans l’exploitation de ces services de relais de conversation (aspects relatifs à la confidentialité, fraudes, ajustements possibles, etc.) [www.btinternet.com].
Deux réalisations de services aux malentendants et sourds ont été présentées. Le vidéophone VPADPlus, accompagné de ses nombreux accessoires, mis au point par la société "Viable – France", a été décrit par Fanny Corderoy du Tiers. Cet ensemble est commercialisé à l’intention des entreprises employant des agents handicapés [www.viable.fr]. D’autre part, la conversation totale, objet de la Recommandation F.703, a été décrite par Gunnar Hellstrom, de la société "Omnitor"). Son adaptation, via le projet européen "Reach 112", à la diffusion d’alarmes, en audio et vidéo, à l’aide du protocole SIP (RFC 4103) est en cours et quatre pays européens (et vingt deux partenaires) sont impliqués dans ce projet [www.omnitor.su]. La société française à forme coopérative WebSourd offre également des services et des produits orientés vers la population des malentendants. [www.websourd.org]
Services de relais de conversation et de vidéo
La télévision canadienne organise le sous titrage de ses diffusions (TV Relay), à l’image de certaines manifestations théâtrales, telles que "Captioning in Theatre" que réalise la société britannique Stagetext. Ce procédé pourrait également être adapté pour retransmission de spectacles sur les terminaux portables 3G [www.stagetext.org]. Karen Strauss, de l’Université du Wisconsin, a traité des aspects juridiques posés par le service relais audio et vidéo, le VRS (Video Relay Services) étant particulièrement apprécié pour la transmission du langage des signes, mais nécessite une plus grande sécurisation [www.starpower.net]. La société française "IVès", a rappelé Emmanuel Buu, offre également des services de relais par vidéo en France et au Moyen Orient [www.ives.fr]. De même, le Centre anglais de contact SignVideo assure par vidéo la traduction de langue anglaise des signes sur demande [www.signvideo.co.uk].
Le futur proche
Paul Jones, de Cisco, a présenté le système avancé de services multimédias (AMS, Advanced Multimedia System), qui fait l’objet de la norme H.325. Ce protocole s’inscrit dans l’amélioration des systèmes antérieurs développés par l’UIT-T (H.320 pour le RNIS et H.323 pour le protocole IP), dans le cadre de la mise en place de nouveaux services multimédias. Ceux-ci concernent des applications simultanées "temps réel" pour réseaux fixes et mobiles et peuvent s’appliquer en particulier à des applications spécifiques aux handicapés et aux réseaux personnels. Le protocole H.325 concerne les aspects liés aux terminaux et il s’appuie sur le protocole XML, ce qui devrait conduire à des réalisations innovantes tenant compte des demandes des handicapés.
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Le lendemain, 3 Novembre 2009, le groupe de travail de la question 26/16 a résumé les points forts complémentaires qui sont apparus au cours des échanges de la veille.
Exploitation des services RS - La pratique américaine montre que les conversations relais sont la source de piratages, de fraudes, d’usurpations d’identité, etc., ce qui demande un renforcement de la sécurité des protocoles et des procédures de connexion utilisées.
Permanence du RS – Seulement vingt pour cent des sourds ont accès à un RS. Les discussions soulignent également la nécessité d’un fonctionnement permanent (24/24). Mais, les interprètes (Captionning Assistants) ne peuvent être disponibles en permanence, car ils sont peu nombreux et leur recrutement et leur formation posent actuellement des problèmes.
Aspects ergonomiques et facteurs humains – Sur le plan de l’accès à l’Internet, une étude est ouverte entre l’ETSI et l’UIT-T pour associer les commandes "clavier, souris, ou bâton (Joystick)" pour des terminaux mobiles sous la référence de la Rec.V.253. D’autre part, des terminaux légers à écran plat (type Kindle), dont le contenu pourrait être téléchargé depuis un accès public (Public Internet Access Points, PIAPs), pourraient faciliter la lecture des malvoyants par un affichage des textes en gros caractères.
Fiabilité et inter opérabilité - Serait-il possible d’assurer la conversation relais de façon entièrement automatique ? Pourrait-on effectuer des essais de qualification de niveau suffisant en ce qui concerne ces services pour handicapés et terminaux associés ? L’UIT-T pourra t-il s’engager à assurer l’interopérabilité par des essais appropriés et coûteux, sans avoir à recommander le recours à un industriel unique et à des achats publics ? Au Japon, un label est délivré par le Conseil de l’accessibilité pour les équipements conformes.
Guide de conception des terminaux et services – Les limites admissibles de certains paramètres de transmission associés aux services de relais (temps de transit, délai maximum de réponse, etc.) pourraient être mieux cernées et transmises aux industriels intéressés. Il est aussi possible sans doute de généraliser l’usage d’avatars dont le concept serait approuvé par la communauté des sourds et malentendants. (Avatar : personnage de bandes dessinées, créé par logiciel, qui représente, par son attitude, l’un des correspondants en présence – le procédé est utilisé sur les bornes d’urgence du RER français. Dans le monde virtuel, l’avatar possède la capacité juridique de signer un contrat, d’acheter ou de vendre des services ou des biens).
Latence des signaux - De meilleurs codecs pour la transmission du langage des signes et de la lecture sur les lèvres par vidéo téléphonie et la visioconférence sont espérés sur l’aspect du temps de retard de l’image par rapport au son VoIP (synchronisation du mouvement des lèvres). Les travaux en cours à l’ITU/ISO laissent espérer de performances meilleures de l’ordre de 30 %.
Signaux d’alerte – Les systèmes d’alerte à mettre en œuvre doivent répondre à des critères qui mettent en jeu à la fois les aspects culturels et les décisions gouvernementales. La diffusion des systèmes mobiles est aujourd’hui prévalente dans tous les pays du monde et il serait possible d’associer un signal spécifique reçu par le terminal mobile au déclanchement d’un signal d’alarme lumineux (et sonore) en cas d’extrême urgence. De même, pendant la période qui suit un événement majeur, des informations locales doivent pouvoir être diffusées par différents supports, ainsi que par des services de relais.
L’automobile et les TICs - "Accessibility in cars"). Plusieurs moyens de communication peuvent être en fonction au même moment vers (ou depuis) le véhicule. La notion d’urgence et l’aspect lié au trafic devraient demeurer prioritaires sans pour cela gêner le pilote de la voiture ou du bateau. Il s’agit de faire connaître par affichage visuel ou signal sonore un danger imminent à quelqu’un qui conduit et qui est sourd.
Pays en développement – Les pays en développement identifient environ 12 % de populations handicapées, alors que les pays développés en dénombrent 18 % et jusqu’à 27 % en milieux économiques défavorisés. Il serait aussi possible de mettre en œuvre des cabines publiques pour l’accès aux services relais (PIAP). En Inde, un agent formé à la langue des signes, répond aux questions posées par des personnes handicapées actives dans les secteurs de l’agriculture, de la médecine, de l’élevage, etc. après avoir interrogé des bases de données spécialisées disponibles sur Internet (Service "All Questions Answered", AQA).
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